Le fumeur noir, oasis de biodiversité et ressources minérales

Un mont hydrothermal dans les abysses.

Non loin des dorsales océaniques, les monts hydrothermaux soufflent les émanations de la terre. Ces cheminées émettent des fluides chauds, chargés de minéraux et métaux dissous et sont une « oasis de vie » au milieu des froides et sombres étendues abyssales.

Les fumeurs noirs

Les fumeurs noirs naissent lorsqu’au fond des océans, non loin des dorsales océaniques, l’eau froide s’infiltre dans la croûte terrestre, se réchauffe au contact du magma à 1 200 °C présent à quelques kilomètres seulement de profondeur, et creuse son chemin de retour vers le plancher océanique en lessivant les roches. Ce phénomène est accentué par la température de l’eau, portée à 350-400 °C, et par les très grandes pressions. Là où ce fluide jaillit, des cheminées se forment par précipitation des minéraux à cause de la différence de température avec l’eau à 4°C de l’océan. Ces cheminées, qui crachent leurs volutes chaudes, acides et riches en métaux et gaz dissous, sont des lieux remarquables, riches en biodiversité et qui contrastent avec l’immensité des plaines océaniques, froides et obscures.

Tout un écosystème se développe autour des évents hydrothermaux malgré les conditions extrêmes : tout au début de la chaîne alimentaire, des colonies de bactéries chimiosynthétiques se développent en tirant leur énergie de composés chimiques, de la même façon que le font les végétaux grâce à la lumière du soleil et la photosynthèse. Des colonies animales se développent de manière concentrique autour des cheminées : des espèces endémiques de crabes, vers, poissons, poulpes sont adaptées à l’absence de lumière et aux pressions jusqu’à mille fois plus importantes qu’à la surface.

Exploitation

Les monts hydrothermaux dégagent naturellement des fluides très chauds et très riches en minéraux. Des compagnies d’extraction sous-marines seraient intéressées par la possibilité d’exploiter ces gisements naturels : selon les roches traversées, les fluides hydrothermaux peuvent être riches en ions métalliques (manganèse, fer, zinc…), en méthane, hydrogène ou sulfure d’hydrogène. En outre, les températures élevées peuvent servir, grâce à un échangeur de chaleur, à utiliser l’énergie thermique pour produire de la vapeur et entraîner des turbines, génératrices d’électricité.

Les conditions d’exploitation des évents hydrothermaux étant inédites et relevant du défi industriel et technologique, aucune étude n’est avérée sur les conséquences environnementales de telles exploitations sur les fragiles écosystèmes s’y étant développés. L’ONU avait prévu, dès 2003, dans sa résolution A/RES/58/240 sur les océans et le droit de la mer, de définir des dispositions et des règles contrôlant l’exploitation des ressources sous-marines. Certains pays se disputent aujourd’hui certaines montagnes océaniques afin d’y extraire des métaux et l’ONU a réitéré ses recommandations le 24 décembre 2011 dans la résolution A/66/L.21, avant que des désastres écologiques irréversibles soient causés. L’ouverture, le 11 avril, à l’Océanopolis de Brest d’un aquarium à haute pression, une première, abritant crevettes et crabes des profondeurs alertera et mobilisera peut-être l’opinion publique sur ces écosystèmes qui nous semblent si étrangers.

Sources : CNRS, rfi.fr, rsc.org