OMI : entrée en vigueur d’une nouvelle régulation sur la pollution marine dans l’Antarctique

Soucieuse de réduire la pollution dans l’océan Antarctique, l’Organisation maritime mondiale (OMI) a déclaré dans un communiqué que la nouvelle régulation permettant de lutter contre la pollution dégagée par les navires transitant dans la région de l’Antarctique entrait en vigueur, hier, le 1er août.

Des amendements à la Convention internationale pour la prévention de la pollution par les navires (MARPOL) détaillent la densité spécifique de pétrole brut qui ne devrait pas être utilisée par les navires sillonnant l’Antarctique. En dessous de cette densité fixée, le carburant est considéré comme de moindre qualité. Ainsi « les navires de commerce comme ceux de passagers auront besoin de changer de carburant lorsqu’ils transitent par la zone de l’Antarctique », explique l’OMI, lorsque ces cargos navigueront avec du carburant de qualité inférieure.

La Convention prévoit aussi une zone nord-américaine de contrôle des émissions (ECA), dans laquelle les émissions d’oxydes de soufre, d’oxydes d’azote et d’autres produits provenant des navires seront soumises à des contrôles plus sévères que les limites qui sont actuellement appliquées.

La pollution a un impact considérable sur les glaciers des pôles. La revue scientifique Nature Climate Change a révélé d’ailleurs récemment que les polluants piégés dans les glaces se volatilisaient dans l’air à cause du réchauffement climatique, alimentant l’effet de serre… L’entrée en vigueur de cette mesure marque donc une étape concrète pour réduire les émissions de gaz polluants nuisibles à l’environnement.

L’Antarctique, le continent délaissé

En Antarctique, l'été austral dure 6 mois. Puis la nuit tombe et l'obscurité perdure 6 mois également.

Continent gelé, l’Antarctique a très longtemps été délaissé par l’homme. Son isolement en fait une terre de tous les espoirs, non pas pour s’y installer, les conditions y sont trop rudes, mais pour exploiter des ressources dont les réserves sont encore intactes.

Dérivant de plus en plus au sud, le continent Antarctique s’est retrouvé définitivement isolé des autres il y a 25 millions d’années lorsqu’il s’est séparé de l’Amérique du Sud. Presque centré sur le pôle Sud, ce continent subit des pressions climatiques très fortes : l’altitude moyenne du continent est de 3 000 mètres au dessus du niveau de la mer et les nuits australes durent six mois. Cette combinaison de facteurs induit des températures minimum en hiver de l’ordre de -80 °C.

Traité sur l’Antarctique

Découvert relativement tard et inhabité de façon permanente, l’Antarctique est protégé par un ensemble de traités ; le premier, le traité sur l’Antarctique, signé le 1er décembre 1959 par 12 pays, est aujourd’hui ratifié par 48 États. L’objectif du traité était d’interdire l’utilisation de cette partie du globe à des fins militaires. Il a été complété par une série de conventions et protocoles afin d’en protéger la faune et la flore ainsi que de considérer le continent comme réserve naturelle dont on ne peut pas exploiter les ressources minérales (Protocole de Madrid).

Le continent est protégé jusqu’en 2048 par ce traité, mais ce dernier peut être révisé et les interdictions d’exploitations pourraient être assouplies bien avant cette date. En effet, en tenant compte des modèles de dérives des continents et en se basant sur les minéraux exploités sur les continents autrefois adjacents aux terres antarctiques, il est probable que l’Antarctique soit riche en ressources minérales, dont 203 milliards de barils de pétrole, selon l’étude « Antatirca: assessing and protecting Australia’s national interests » du Lowy Institute. De plus, le réchauffement planétaire pourrait pousser à l’exploitation des calottes polaires qui contiennent 70 % des ressources en eau douce mondiale.

Ressources de la dernière chance

Les prétentions actuellement gelées sur les terres antarctiques, pourraient être source de nouvelles tensions pour l’appropriation et l’exploitation du continent dans le contexte actuel d’épuisement des ressources, au mépris de la biodiversité extrêmophile adaptée à ce milieu. Cependant, comme le souligne Michel Rocard, ambassadeur de France pour les pôles, dans une entretien donné à actu-environnement.com, l’exploitation des ressources polaires signifira, étant donné leur coût et leur mise en place difficile, que l’humanité n’aura pas résolu le problème intrinsèque de son « modèle énergétique » actuel, qui contribue, voire provoque, le réchauffement climatique.

Sources : mineralinfo.org, transpolair.free.fr, actu-environnement.com, lecerclepolaire.com

Un écosystème découvert en Antarctique

Crédits photographiques: Richard Ling

Des étoiles de mer géantes ou des éponges colorées sont les espèces qui ont pu être observées début 2010 lorsqu’un iceberg de 96 mètres de long est entré en collision avec le glacier Mertz à l’Est de l’Antarctique, provoquant des fissures dans l’océan austral.

Cela a été l’occasion pour les scientifiques d’observer tout un écosystème auparavant emprisonné sous des centaines de mètres de glace.

A l’heure actuelle, l’océan est inondé par une floraison intense de phytoplancton. Malgré l’absence de lumière naturelle, l’eau riche en éléments nutritifs a soutenu la prolifération de la vie marine. Les étoiles de mer seraient de la taille d’un enjoliveur selon Martin Riddle, l’un des principaux chercheurs de l’expédition scientifique.

Une expérience naturelle sur les effets du réchauffement climatique

L’épaisse couche de phytoplancton a fleuri en raison de l’augmentation de la lumière du soleil et de l’abondance des poussières de fer libérées par la fonte du glacier qui alimentent les petits organismes. Selon Steve Rintoul, un océanographe en Tasmanie, c’est « une sorte d’expérience naturelle où le vêlage du glacier n’a pas été causé par le changement climatique. Il s’agit d’un évènement naturel, la nature a fait l’expérience pour nous ».

Bien qu’il soit naturel, il pourrait encore avoir des effets importants globaux sur la météo, la circulation océanique et la vie marine. L’une des principales raisons de l’expédition scientifique était d’étudier comment l’écosystème peut répondre à ces changements à grande échelle et mener des expériences pour aider les scientifiques à mieux comprendre le changement climatique.

La diminution de la salinité pourrait réduire la circulation des courants océaniques

La plus grande inquiétude à propos de cet évènement reste la diminution rapide de la salinité de l’eau dans la région en raison de la fonte de la glace qui flotte dans les eaux les plus chaudes. La réduction de la salinité combinée à l’augmentation de la température de l’océan pourrait considérablement affecter la circulation thermohaline future autour de l’Antarctique car les environs du glacier Mertz constituent l’une des principales zones d’eau salée dense de l’Antarctique.

A mesure que la salinité diminue et que la température augmente, l’eau devient moins dense. Cela signifie que les courants de circulation qui apportent l’eau froide riche en éléments nutritifs des profondeurs de l’océan pourraient diminuer, ce qui aurait des conséquences inquiétantes pour la vie marine tout autour de l’Antarctique, et éventuellement dans le reste des océans.

La diversité de l’écosystème observé pourrait donc être de courte durée et l’on ne peut qu’espérer que les informations collectées aideront à soutenir l’Australie qui milite pour la création une zone de protection marine dans la région de Mertz.