Le lithium, or blanc de la transition énergétique ?

Avant l’avènement des batteries au lithium, ce métal était encore très peu exploité. Cependant, en vue des performances et du potentiel qu’on lui accorde dans le domaine du stockage de l’énergie, le lithium apparaît comme une ressource essentielle à qui veut produire téléphones et ordinateurs portables ou voitures électriques. C’est en Bolivie que se trouvent les gisements les plus impressionnants de ce métal…

Le 82ème salon international de l’auto se tient à Genève jusqu’au 18 mars. Le prix de la meilleure voiture de l’année a été attribué, cette année encore, à une voiture électrique. Ce prix salue la technologie plus que le succès commercial. Pourtant, dans le contexte actuel de diminution des émissions de gaz à effet de serre et du prix du pétrole qui monte, ces voitures pourraient se révéler comme des produits économiquement et écologiquement viables. Cependant, l’un des défis technologiques que doit relever la voiture électrique afin de détrôner sa grande sœur conventionnelle est le stockage de l’énergie.

Les batteries au lithium ont tout d’abord été utilisées dans les téléphones et ordinateurs portables et cette technologie se transpose à l’automobile afin de remplacer le réservoir d’essence par cet autre stockage chimique d’énergie. L’intérêt croissant pour cette ressource se constate avec l’évolution du prix du lithium qui est passé d’environ 310 €/tonne en 2003 à 2 000 €/tonne en 2008 et la consommation de lithium entre 2009 et 2020 devrait tripler.

Ce paysage lunaire recèle un tiers du lithium mondial.

Le lithium, un métal assez abondant, présent dans l’eau de mer, ne se trouve pas à l’état naturel mais généralement sous forme de chlorure de lithium (LiCl). Malgré cette relative abondance, les gisements exploitables à moindre coût se trouvent très inégalement répartis sur la planète : le plus grand gisement mondial est le salar de Uyuni en Bolivie, le plus grand désert salé du monde, et contient un tiers de la ressource. Le salar d’Atacama, au Chili, est le second gisement en termes de quantité mais représente presque 40 % de la production. En effet, la Bolivie n’a autorisé l’exploitation du lithium qu’en mars 2008.

L’extraction du lithium n’est pas sans conséquence pour l’environnement. Le procédé consiste à pomper la saumure présente dans le sous-sol de ces lacs salés. La saumure est ensuite concentrée par évaporation, puis purifiée et traitée afin d’obtenir le carbonate de lithium (Li2CO3) pur à 99 %. La dernière étape pour obtenir le métal lithium est la calcination du carbonate.

La mise en place de l’extraction du lithium implique l’utilisation de carburant pour pomper la saumure, puis la réquisition de larges espaces pour l’évaporation qui est effectuée dans des salins. De plus, la calcination du carbonate de lithium libère du CO2. En outre, ces points négatifs évoqués par le groupe de travail Ecoinfo ne sont pas les seuls : le pompage massif de la saumure peut avoir des conséquences pour l’ensemble du bassin hydrographique ou bien provoquer l’effondrement de la surface salée. Bien sûr, les paysages seraient fortement affectés, alors que le tourisme vert se développe dans cette région pour visiter la curiosité naturelle que sont les immenses lacs salés, comme l’indique l’étude de cas à dimension multiple sur l’industrie minière à grande échelle dans la province argentine de Jujuy, réalisée par Roger Moreau, de l’Association des peuples de montagnes du monde.

Plus de 100 ans après la découverte de l’or noir, nous prenons conscience de notre dépendance à celui-ci alors même que nous savons désormais que son utilisation toujours plus massive menace notre environnement. Le surnom que l’on donne déjà au lithium, l’or blanc, doit-il évoquer uniquement le développement et la croissance que le pétrole a permis, ou bien doit-il faire écho également aux effets pervers sur le long terme liés à un engouement et une exploitation irréfléchis ?

Sources : enerzine.com