La Convention de sûreté nucléaire se réunit actuellement à Vienne

 

crédits photographiques: Rahm Emanuael

Du 4 au 14 avril 2011, les 72 pays cocontractants à la Convention sur la sûreté nucléaire (CNS) se réunissent à l’AIEA de Vienne. Ils se réunissent tous les trois ans pour examiner la mise en œuvre de la CNS. Il s’agit de leur cinquième réunion. La conférence va permettre d’examiner les rapports que chaque partie contractante est tenue de soumettre sur la sûreté nucléaire. Tous les pays qui exploitent des centrales nucléaires sont parties contractantes de la CNS.

Le directeur général de l’AIEA appelle à des normes rigoureuses et à une transparence totale

Lors de l’ouverture de la réunion, le Directeur général Yukiya Amano a évoqué les thèmes abordés à savoir la gestion de la sécurité, la culture de la sécurité, la coopération internationale, le réseautage de la gestion des urgences ; ainsi que des thématiques spécifiques liées à l’accident de Fukushima.

Bien que la priorité immédiate soit de surmonter la crise et de stabiliser les réacteurs, Yukiya Amano a appelé les participants à commencer le processus de réflexion et d’évaluation dans la mesure où « les préoccupations de millions de personnes dans le monde entier quant à savoir si l’énergie nucléaire est sans danger doivent être prises au sérieux ». Il a déclaré que « le respect rigoureux des normes de sécurité internationales et une transparence totale, dans les bonnes et les mauvaises circonstances, sont indispensables pour rétablir et maintenir la confiance du public dans l’énergie nucléaire ».

La Convention sur la sûreté nucléaire : un simple instrument incitatif

Cette Convention, entrée en vigueur en 1996, a été conçue pour renforcer la sûreté nucléaire. Ses objectifs sont d’atteindre et de maintenir un niveau élevé de sûreté nucléaire dans le monde entier. Il s’agit d’établir et maintenir des défenses efficaces dans les installations nucléaires contre les risques et de prévenir les accidents.

Cependant, la Convention sur la sûreté nucléaire est un instrument incitatif et n’oblige pas les parties à adhérer à certaines normes de sécurité. Elle est basée sur leur intérêt commun pour atteindre des niveaux plus élevés de sécurité.

Source : AIEA

AIEA : gendarme de l’atome ?

Source: photosearch

« Nous vivons à l’ère post-Fukushima » a déclaré ce lundi le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano. Selon lui, il est grand temps de redéfinir le rôle de l’Agence.

Déjà la Suisse, l’Allemagne et l’Italie, ont décidé de progressivement abandonner leur programme de développement nucléaire. Les propos du directeur général auront surement un impact significatif sur l’opinion mondiale, aujourd’hui très circonspecte sur le sujet.

Faire de l’AIEA un « gendarme » mondial

Yukiya Amano a indiqué dans un rapport aux cent cinquante et un Etats de l’Agence onusienne, que la mission de promouvoir le nucléaire civil de l’Agence n’est plus suffisante suite à l’accident du Japon. « La sûreté des installations nucléaires est plus que jamais prioritaire pour les pays » affirme-t-il. Il désire que l’Agence puisse « vérifier systématiquement et régulièrement la sûreté de toutes les centrales nucléaires ». Les évaluations nationales de sécurité ne sont qu’un point de départ, l’AIEA doit s’assurer de leur pertinence dans un second temps.

M. Amano a également souhaité un renforcement rapide des critères de sécurité de l’AIEA tout en cherchant à garantir leur application au niveau mondial. « Même les meilleurs critères sont inutiles s’ils ne sont pas appliqués », explique-t-il.

Vers une politique nucléaire mondiale ?

Réunis cette semaine à Vienne, en Autriche, siège de l’Agence, les experts de l’AIEA encouragent les Etats à prendre une solution collective.

Le rapport ne cherche pas à contester la responsabilité des États sur leur centrale, ni à modifier le statut de l’Agence – sous peine d’âpres discussions. Il reste donc trois jours aux ministres de ces pays pour mettre au point une stratégie internationale convaincante de renforcement de la sécurité nucléaire. Le risque d’attiser le courroux des anti-nucléaires va certainement influer beaucoup sur le débat.

Les évaluations vont être sélectives dans un premier temps. Il n’est pas possible, en effet, pour l’agence de vérifier les 440 réacteurs du monde dans le délai des 18 mois fixés. Encore aucune proposition concrète n’a été clairement énoncée, « les techniciens de l’AIEA se mettront d’accord sur un plan d’action » a confirmé la ministre française de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Le directeur général espère que les imprécisions concernant encore les modalités d’examens de sécurité seront une « motivation supplémentaire » des exploitants des centrales pour qu’ils se conforment strictement aux normes de sécurité.

M. Amano  est visiblement optimiste quant à l’assentiment des États membres, même si les stress tests européens ont montré que tous ne partagent pas la même approche de la sûreté nucléaire. Oui, tous les pays ont conscience de la nécessité de travailler ensemble en matière de sécurité nucléaire mais le consensus va être difficile à atteindre.

Le renforcement de l’intervention de l’agence onusienne va poser un problème politique majeur. Les pays tels que l’Iran, n’ayant obtenu que récemment la possibilité de développer l’énergie nucléaire civile, ne pourraient y voir qu’un moyen pour les occidentaux de garder un œil sur leurs activités. Ainsi les déclarations des experts de l’AIEA vont être un enjeu de renforcement de la sécurité nucléaire, de gouvernance mondiale mais aussi une manière d’apprécier la légitimité de l’agence…