Les ONG et le secteur minier : le cas de l’Indonésie

Suivant l’évolution du système médiatique, désormais mondialisé et rythmé par la publication constante d’informations nouvelles, les ONG ont été contraintes de déployer des stratégies de communication plus poussées et plus agressives pour atteindre leur cible, leurs potentiels donateurs. Pour faire entendre leur voix dans le concert international d’émetteurs d’informations, ces organisations se doivent de se faire remarquer et tendent pour cela à s’attaquer à des groupes emblématiques, des figures de proue de secteur, dont la critique sera compréhensible, voire validée, par le plus grand nombre. Néanmoins, en dépit d’avantages en termes de visibilité, cette stratégie comporte un certain nombre de risques au premier rang desquels la défense imparfaite, parce que biaisée, d’une cause.

Pour quelle(s) raison(s) et avec quelle(s) conséquence(s) les ONG ont-elles recours à une telle méthode ? Ce sont les questions que se pose l’écrivaine américaine Elizabeth Pisani en prenant le cas de l’industrie minière en Indonésie. Epidémiologiste, ancienne journaliste pour le quotidien britannique The Guardian et se présentant comme une aventurière, elle anime un blog depuis les îles indonésiennes où elle vit, sur lequel elle a récemment publié un article dédié aux « bad guys » du secteur des mines. Pointant l’attention et le traitement inégal réservé aux compagnies minières par les organisations locales de protection de l’environnement, Elizabeth Pisani regrette que les militants écologistes, dont la branche locale des Amis de la Terre, Walhi, concentrent leurs critiques sur les projets menés par de grands groupes occidentaux tels qu’Eramet, délaissant les autres exploitants dont les dégâts sur l’environnement leur paraissent incontrôlables et irrémédiables.

De son point de vue, le risque induit par cette surveillance et cette contestation à deux vitesses pourrait potentiellement être l’abandon de projets miniers existant ou à venir par les entreprises ayant développé une véritable politique de responsabilité environnementale et sociale. Cela au profit de « petites compagnies complètement irresponsables et prêtes à corrompre les dirigeants locaux pour obtenir des permis sur lesquels aucun contrôle ne sera exercé ».

Le cas indonésien est symptomatique de son analyse : dans le cadre du projet d’exploitation de nickel Weda Bay, le groupe français Eramet, en partenariat avec Mitsubishi, s’est engagé au niveau local en installant un cadre d’échange avec les populations et les organisations écologistes locales, mais aussi au niveau international par le biais d’accords MIGA, de la Banque mondiale. Eramet est aussi signataire de l’initiative pour la transparence des industries extractives (EITI), soutenue par le gouvernement français. Le groupe a mis en œuvre un « important programme de gestion socio-environnementale (atténuation des impacts, réhabilitation, mesures compensatoires,…) » et un « programme de compensation des impacts résiduels sur la biodiversité », dans le cadre du programme international « Business and biodiversity offset » lié au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

En dépit de ces garanties, reconnues par les Etats, la société civile et la communauté internationale, pour atténuer les conséquences de l’exploitation minière sur l’environnement et les conditions de vie des habitants, Weda Bay Nickel reste contesté par certains organismes locaux qui, conscients d’être face à un interlocuteur à l’écoute, défendent une position ferme. Il semblerait qu’il n’en soit pas de même avec le projet voisin de l’entreprise chinoise Tekindo Energi malgré des cadences d’extraction et d’exportation de nickel brut intenses et peu regardantes vis-à-vis de l’environnement, selon les témoignages de riverains du site. Ce manque d’intérêt notable s’explique peut-être par le fait que la mine de Tekindo fermera avec l’application d’un moratoire en 2014. Il n’en reste pas moins que les dégâts causés seront permanents et justifient sans doute une politique environnementale préventive et homogène.

 En Indonésie comme dans tout pays où sont extraites les richesses de la Terre, où une entreprise fait appel à des ressources et à une main d’œuvre, la société civile, que ce soit des associations citoyennes ou des organisations écologistes, doit pouvoir s’informer et s’exprimer. En retour, pour que son jugement soit équitable et validé par toutes les parties prenantes, il doit être basé sur des critères objectifs et rationnels répondant à des normes internationales

Weda Bay Nickel : adhésion au BBOP pour Eramet

Le projet minier d’Eramet en Indonésie, Weda Bay Nickel, poursuit son cheminement vers l’accession à une respectabilité forte et concrète en matière de respect de l’environnement.

Déjà membre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) et ayant élaboré une politique propre de développement durable, Eramet a rejoint le programme de compensation de la biodiversité (BBOP) en 2011 dans le cadre du projet Weda Bay Nickel, afin de suivre les meilleures pratiques actuelles dans le domaine de la compensation de la biodiversité. Par cette appellation, il faut entendre la compensation des effets négatifs résiduels de certains projets sur la biodiversité après que des mesures de prévention et d’atténuation appropriées ont été prises.

BBOP (Business and Biodiversity Offset Program en anglais) est un programme créé par les organismes de protection de l’environnement Forest Trends et Wildlife Conservation Society et soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement. BBOP a pour but de tester et développer des pratiques de référence dans le domaine des programmes de compensation de la biodiversité par le biais de projets pilotes. Dans ce cadre, BBOP a développé dix principes que les adhérents au programme se doivent de respecter. Parmi eux, le principe de la hiérarchie d’atténuation selon lequel la compensation ne doit pas empêcher en amont d’éviter et de minimiser les impacts, puis de réhabiliter le site.

2012 sera l’année de la concrétisation des engagements pris par Eramet au travers de BBOP, en particulier pour Weda Bay Nickel, qui mettra en œuvre tous les moyens pour n’engendrer aucune perte nette en matière de biodiversité. Par ailleurs, les autres principes du programme seront respectés, tels que la participation des différentes parties prenantes (locales et internationales) au projet de compensation. Les communautés locales en particulier seront impliquées dans ce projet de compensation afin de ne pas être impactées négativement et de bénéficier des retombées positives.