Smart grid : le marché européen va croître de 120% d’ici 2016

Telle est la prévision faite par le cabinet de conseil GTM Research dans son rapport « The Smart Grid in Europe 2012 : Technologies, Market Forecasts and Utility Profiles ».

Le marché européen du réseau électrique intelligent devrait connaître une importante croissance dans les cinq prochaines années puisqu’il atteindrait 3,1 milliards d’euros en 2012, et 6,8 milliards d’euros en 2016.

Un déploiement qui conduirait, selon Geert-Jan van der Zanden, auteur du rapport, « au développement des segments de marché du smart grid que sont le comptage évolué, l’automatisation de la distribution, l’intégration des énergies renouvelables, les véhicules électriques et les systèmes informatiques propres au domaine de l’électricité. »

Qu’est-ce que le réseau électrique « intelligent » ?

A la croisée des TIC et de l’énergie, la smart grid désigne en fait l’utilisation des technologies informatiques de manière à optimiser la production et la consommation d’électricité, notamment en permettant un meilleur ajustement entre l’offre et la demande.

L’apport des technologies informatiques permet ainsi d’économiser l’énergie, de sécuriser le réseau et d’en réduire les coûts.

Plus concrètement, les gestionnaires du réseau de distribution y trouvent leurs avantages à travers notamment la diminution des pics de consommation, l’évitement des pannes dues à une surcharge, la facilitation des transferts ou l’optimisation de la production électrique. Quant aux clients finaux (consommateurs et entreprises), ils peuvent mieux maitriser leur consommation d’énergie grâce au compteur intelligent et ainsi optimiser leur facture.

Pour une production plus durable et une consommation énergétique responsable

Un des autres avantages non négligeable de la smart grid est la production d’électricité décarbonée.

La diminution des pics de consommation permet de réduire les pertes et la diminution de rendement de la production d’électricité, lors du transport de l’électricité sur de longues distances. Selon l’ADEME, les smart grids sont censées faire baisser la demande d’électricité de 10 %.

Par ailleurs, Les NTIC, en permettant de mieux gérer une production décentralisée, facilite l’intégration au réseau électrique des sources décentralisées d’énergies renouvelables, souvent irrégulières et diffuses, telles que les éoliennes et les panneaux solaires domestiques, les fermes éoliennes, les hydroliennes, les centrales solaires, etc.

Par ailleurs, la smart grid permet une responsabilisation des citoyens vis-à-vis de leurs dépenses énergétiques. En effet, ce réseau s’appuie sur des compteurs intelligents qui permettent aux particuliers et entreprises d’ajuster en temps réel leur consommation d’énergie. Il est ainsi possible en période de pics d’utilisation, de déconnecter certains appareils qui ne sont pas primordiaux ou diminuer leur puissance ou au contraire de les allumer (à distance) lors des heures les plus favorables de consommation.

Une intelligence qui peut éviter les pics de consommation générateurs de pannes et de pollution, mais qui peut aussi permettre de réaliser des économies d’énergie. Selon le site du Grenelle de l’environnement, « chaque habitant pourrait réduire de 5 à 20% sa consommation d’énergie en équipant son compteur électrique d’une « energy box » pilotant les consommations dans la maison. Les informations détaillées sur les consommations en kwh ou en euros permettront une prise de conscience de chacun ».

L’avenir de la smart grid, un enjeu énergétique ?

La smart grid apporte ainsi une réponse au besoin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le dérèglement climatique. Couplée aux énergies renouvelables combinées entre elles, elle apparaît comme une alternative réaliste pour l’avenir énergétique de la France.

C’est une des raisons qui expliquent l’essor de ce marché. Les distributeurs d’électricité européens doivent se conformer à des obligations strictes en matière d’efficacité (accentuées par l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence), tout en intégrant au passage de plus en plus d’énergies renouvelables au réseau. Energies qui induisent des variations rapides de production (dépendance vis-à-vis des conditions météorologiques) et donc un besoin grandissant de flexibilité dans les systèmes électriques. Cette flexibilité peut être gérée par ces nouvelles formes d’intelligence.

Au-delà des contraintes réglementaires, le réseau électrique intelligent offre aussi des opportunités pour créer de nouveaux marchés. Le business vert apparaît effectivement comme une des réponses européennes mais aussi mondiales de relance de l’économie. Les Etats-Unis, la Corée du Sud ou encore la Chine font partie des pays à avoir investi massivement dans l’énergie propre.

A l’heure actuelle, « la plupart des marchés nationaux d’Europe en sont à poursuivre leurs objectifs en la matière » explique M. van der Zanden. Le marché des particuliers devrait être un moteur de la croissance des acteurs de la smart grid. « Il leur reste encore à offrir leurs services au consommateur. La prochaine étape consiste à démontrer la valeur d’une gestion énergétique locale ou de la demande de réponse des appareils clients. L’engagement du consommateur est la variable clé du succès commercial du smart grid en Europe. »

Des pistes pour un sommet de Bonn efficace

 

A une semaine du lancement du sommet des Nations-Unies sur le changement climatique à Bonn, en Allemagne, Andrew Simms vient de publier une tribune sur le site du Guardian. Mais qui est Andrew Simms? Il s’agit du directeur du programme sur le changement climatique du NEF – the new economics foundation.

Celui-ci suggère dix pistes de réflexion aux négociateurs du sommet :

  • Organiser les négociations dans des lieux durement touchés par le réchauffement climatique, comme l’archipel de Tuvalu, menacé de disparition par la montée des eaux. Cette décision leur permettrait sans aucun doute de prendre conscience des problèmes auxquels ils doivent remédier.
  • Débarrasser les délégations des lobbyistes issues d’entreprises peu scrupuleuses.
  • Remettre en question le système de calcul des émissions de CO2. Andrew Simms estime ici que les pays riches ont trop souvent l’opportunité « de délocaliser leurs émissions » en faisant produire leurs marchandises dans d’autres pays, et donne ainsi une image de progrès dans la lutte contre le changement climatique, alors qu’il n’en est rien.
  • Expérimenter plus, et abandonner toute vision à court terme. Il propose ici la création d’un conseil représentatif indépendant, chargé de fixer un plan d’ensemble de réduction des émissions de CO2.
  • Associer tous les acteurs et les aspects des villes pour favoriser une transition énergétique en leur sein.
  • Débarrasser ce type de sommet de présentations « d’innovations gadgets », donnant le sentiment qu’il s’agit d’une « foire commerciale de la technologie » , et plutôt repenser notre modèle économique et notre politique d’innovation.
  • Mobiliser les mêmes montants employés pour le sauvetage des banques lors de la crise financière afin d’investir dans les réseaux intelligents et les énergies renouvelables.
  • Acter la suppression des subventions aux énergies fossiles, afin d’employer la manne financière dégagée pour favoriser la transition vers une économie verte, porteuse d’emplois et d’une meilleure qualité de vie.
  • Acter un objectif de réduction des émissions de CO2 de 30% d’ici à 2020.
  • Enfin, sa dernière piste est ouverte : il suggère à tous d’émettre ses propositions.

Source : The Guardian