Réguler les industries extractives à l’heure de la mondialisation : l’exemple de l’ITIE

 

http://eiti.org/

Le drame de Fukushima a encore amplifié les questions de toute nature portant sur  les apports et les dangers du progrès scientifique dans un contexte de raréfaction des matières premières. Faut-il renoncer à toute technologie ? Faut-il opter pour une application extensive du principe de précaution ? Quelles sont les places, les rôles et les responsabilités respectives des Etats, des entreprises, de la société civile ? Quels sont les meilleurs outils pour mieux réguler et surtout comment réguler ?

Dans le secteur des matières premières secteurs publics et privés sont intimement liés, de même que la recherche et l’innovation sont centrales et requièrent des investissements financiers très conséquents.

L’exploitation des richesses en ressources naturelles est appelée à constituer un moteur important pour la croissance économique mondiale mais pour cela son mode de gestion doit être encadré et reposer sur de véritables règles (applicables et appliquées !) de transparence financière. Ce potentiel de croissance ne pourra être pérenne que s’il bénéficie à l’ensemble des populations, comme aux entreprises et aux Etats.

C’est sur la base de ce constat et partant de ce besoin qu’a été lancée, à Londres, en 2003 l’ITIE (Initiative pour la Transparence des Industries Extractives ou dans sa langue d’origine Extractive Industries Transparency Initiative) par un groupe varié de pays, entreprises et organisations de la société civile.

L’ITIE milite pour un large partage des ressources naturelles et cherche pour ce faire à établir « une norme de référence incitant les entreprises à publier ce qu’elles paient et les gouvernements ce qu’ils reçoivent. »

Le fondement de l’ITIE repose sur l’idée que la compréhension du grand public des recettes et des dépenses des gouvernements dans la durée est susceptible de contribuer de manière constructive au débat public et de faciliter le choix d’options appropriées et réalistes favorisant le développement durable. Ainsi, l’ITIE œuvre pour que gouvernements et entreprises extractives s’attachent à s’inscrire dans une logique de transparence sur leur relation et les finances publiques.

Après plus de 15 ans d’existence, cette approche reposant sur la pédagogie et la recherche de la transparence est un succès comme en atteste le soutien explicite et complet que lui ont apporté les dirigeants du G8 dans la déclaration finale du sommet de Deauville le 27 mai dernier.

Mais cette dynamique lancée par ITIE ne se cantonne pas aux pays les plus puissants et tend à s’implanter partout dans le monde, notamment dans les régions riches en ressources naturelles comme l’Afrique. La réunion régionale pour l’Afrique de la coalition « Publiez ce que vous payez (PCQVP) » qui s’est déroulée à Kinshasa, en République Démocratique du Congo , du 24 au 27 mai dernier autour du thème « Agenda de la transparence sur les industries extractives en Afrique après 50 ans d’indépendance ; réalisations, défis et perspectives d’avenir » entérine la nécessité et l’utilité d’une telle approche et marque un premier pas en ce sens. Les délégués des 20 pays membres ont accueilli positivement la déclaration du G8, validant ainsi la cohérence et de la pertinence internationale de la démarche.

D’envergure mondiale, l’ITIE compte aujourd’hui plusieurs dizaines de pays membres (France, Etats Unis, Allemagne etc…) et autant de représentants de la société civile et d’organisations professionnelles. Plus important encore de plus en plus de grandes entreprises d’envergure mondiale la rejoigne témoignant ainsi de la part de chacun de ses membres de la volonté de mettre en place une réelle politique de développement durable reposant sur la transparence et le souci d’implication des populations locales.

En France, l’initiative de l’ITIE a reçu un accueil très favorable de la part des entreprises françaises puisque l’on compte parmi ses membres Total, Areva, GDF-Suez. Eramet, leader mondial dans le secteur des industries minières vient de les rejoindre.

L’agriculture « écologiquement intensive »

Selon le biologiste et inspecteur général au ministère de l’Agriculture, Bernard Chevassus-au-Louis, l’agriculture pourrait être à la fois « écologique » et « intensive ». A première vue, cela peut paraître plutôt paradoxal.

Depuis la Révolution verte des années 60, « l’agriculture moderne est énergétiquement intensive, elle a pu produire plus que par la passé mais il faut dépenser dix calories d’énergie pour mettre une calorie dans l’assiette » explique Bernard Chevassus-au-Louis.

« On a considérablement réduit la diversité génétique, la diversité des espèces et des écosystèmes. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’on pourrait réinsérer la biodiversité dans les systèmes, par exemple au lieu d’engrais azotés, on pourrait utiliser des légumineuses qui fixent l’azote atmosphérique ». L’unique différence entre agriculture biologique et agriculture écologiquement intensive résiderait dans le fait qu’il n’y ait aucune interdiction de recourir à des produits chimiques si aucune solution naturelle ne semble assez efficace pour traiter un problème.

La théorie de l’inspecteur général de l’Agriculture repose sur le principe de précaution plutôt que sur celui de la guérison. Selon lui, des alternatives naturelles simples offriraient la possibilité de réduire grandement  l’utilisation de produits chimiques dans la production agricole. Au lieu de grands champs dédiés à la monoculture, les agriculteurs pourraient ainsi trouver dans la diversité un moyen simple de lutter contre les maladies et parasites : « Si on mélange des variétés dans un champ, les maladies ont plus de difficulté à se propager. Des haies autour des vergers peuvent abriter des insectes qui deviennent des auxiliaires de culture et évitent la prolifération de pucerons ».

Cette évolution n’est pas à voir comme un retour dans le passé mais plus comme une évolution, la technologie ne serait d’ailleurs pas laissée sur le bord de la route mais simplement utilisée différemment : « il faudra développer des systèmes de surveillance automatique par l’image, par exemple, pour détecter le manque d’eau, la production de chlorophylle ou encore les attaques de parasites ».

Reste à convaincre les agriculteurs que ce modèle pourrait être rentable économiquement. Une chose demeure certaine, le rôle des politiques agricole, et notamment de la Politique Agricole Commune qui subventionne massivement les agriculteurs français, sera déterminant pour orienter l’agriculture vers des pratiques plus respectueuses.

Source :  20minutes