Le pesticide Cruiser interdit, des abeilles sauvées !

Le gouvernement français s’est prononcé pour l’interdiction du pesticide Cruiser OSR, du groupe Suisse Syngenta. Ce produit est utilisé pour les cultures de colza et accusé de participer du déclin des abeilles. Des millions d’entre elles pourraient être sauvées. La décision du gouvernement est d’ailleurs saluée par les écologistes investis sur ce terrain, ainsi que par les apiculteurs, premiers concernés par la disparition des colonies d’abeilles.

Aujourd’hui, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a donc déclaré avoir averti le groupe qui commercialise Cruiser qu’il envisageait de retirer son autorisation de mise sur le marché.

Cette décision intervient alors que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a remis un avis, demandé en mars par le ministre du gouvernement précédent, concernant « l’impact néfaste sur les abeilles d’une des molécules actives du Cruiser, le thiaméthoxam, démontré par deux études récentes ».

Il ressort que « les abeilles qui consomment du nectar contenant cette molécule à faible dose seraient susceptibles de troubles de comportement affectant leur capacité à revenir à leur ruche ». Le ministre a expliqué que cela pourrait contribuer au déclin des colonies concernées.

Le gouvernement a saisi la Commission européenne sur ce sujet « pointant le caractère nectarifère de la plante ».

Une approche originale des chercheurs

L’approche des chercheurs a été saluée par l’Anses. Ils ont « suivi les déambulations des abeilles en apposant sur elles des puces à radio-identification ». Cela leur a permis de « constater qu’à une dose sublétale », en dessous de la dose mortelle, « le thiamethoxam avait un effet néfaste sur leur retour à la ruche ».

Syngenta, la FNSEA et la filière française des huiles et protéines végétales silencieux

Contacté par l’AFP, le groupe n’a pas réagi dans l’immédiat. Il avait contesté de récentes conclusions, estimant qu’elles étaient fortement éloignées de la réalité. La FNSEA et la filière française des huiles et protéines végétales n’ont pas encore fait de commentaire.

Défenseurs de l’environnement et apiculteurs satisfaits

Le député PS Gérard Bapt, aurait lâché un « c’est super ! » Il avait demandé l’interdiction du pesticide dans une lettre ouverte aux ministres de l’agriculture et de l’environnement. La fédération d’associations environnementales France Nature Environnement félicite le gouvernement d’avoir fait « un pas dans la bonne direction ».

Ces acteurs souhaitent maintenant que « tous les types de Cruiser, utilisé aussi pour le maïs, les pois et les betteraves, soient interdits, et plus largement encore toute la famille des néonicotinoïdes, à laquelle appartient aussi le Gaucho ».

Source : AFP

Abeilles : les mères de notre agriculture en danger

source: terresacrée.org

Menacées, les abeilles sont victimes de nombreux phénomènes prédateurs.

Lors de la journée de l’environnement du 6 juin, Dennis Van Engelsdorp, chercheur à l’université de Penn State en Pennsylvanie et Philippe Lecompte, apiculteur et président du Réseau biodiversité pour les abeilles, ont conclu que la disparition de ces charmants insectes est issue de plusieurs variables interdépendantes et nuit gravement à notre agriculture. On estime que le travail fourni par l’ensemble des pollinisateurs représente environ 153 milliards d’euros, soit 9,5% de la valeur de la production mondiale de produits agricoles. Pour rappel, sur les 100 espèces végétales qui fournissent 90% de la nourriture dans le monde, plus de 70 sont pollinisées par les abeilles.

Le « syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles » se caractérise par une soudaine disparition de toutes les abeilles adultes d’une colonie. Constaté dès le milieu des années 1960, le phénomène s’est accéléré en Europe depuis 1998, particulièrement en Belgique, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Espagne et au Royaume-Uni. Le phénomène a été constaté dans de nombreuses autres régions du monde.

De quoi souffrent-elles ?

– Des pesticides agricoles qui peuvent affecter le sens de la direction, de la mémoire et le métabolisme des abeilles ;

– des bactéries, des virus et du Varroa qui détruisent les riches ou se nourrissent de leurs larves ;

– d’espèces invasives comme le frelon asiatique qui affectent les colonies ;

– du manque de nourriture (pollen et nectar) dans les paysages agricoles simplifiés où la présence de fleurs est limitée dans le temps et peu diversifiée ;

– de la régression et dégradation des espaces naturels et semi naturels, diminution des surfaces en légumineuses, expansion du maïs (qui ne produit pas de nectar) ;

– de la pollution de l’air qui interfère avec leur capacité à retrouver l’odeur des pollens.

Selon le rapport publié en mars par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), il y aurait plus d’une douzaine de facteurs à l’origine de l’effondrement des colonies d’abeilles et des pollinisateurs en général.

Quelle(s) solution(s) ?

M. Van Engelsdorp reconnait qu’ »on a identifié soixante-quatre variables différentes, allant des pesticides aux modifications génétiques et agents chimiques, mais nous n’avons pas pu trouver LA solution ».

« Il suffit que 0,5 % de la zone de butinage des abeilles accueille des plantes diversifiées pour assurer les 2/3 de leur alimentation quotidienne », calcule Philippe Lecompte. Or nous avons, en France, 2 millions d’hectares mobilisables pour les abeilles, il revient donc aux agriculteurs de leur y laisser une place.

Le Réseau biodiversité pour les abeilles place beaucoup d’espoirs dans la Pac qui devra être revue en 2014, et qui permettra peut-être de favoriser ces solutions, faciles à mettre en place. Mais rien n’est pourtant encore tranché dans la réforme de la Pac.

La résolution prise, en novembre 2010, par le Parlement Européen invitent la Commission européenne à accroître son aide au secteur apicole dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) après 2013. Il prévoit, également, un renforcement de la recherche indépendante sur la mortalité des abeilles, une réglementation sur les pesticides et les produits phytopharmaceutiques, pour permettre une évaluation des risques liés à l’exposition des abeilles à ces substances et culture et enfin la mise en place d’un plan d’action qui comporterait des pratiques agricoles respectueuses des pollinisateurs.

Les zones non agricoles doivent aussi être mobilisées, estime Philippe Lecompte, qui confie travailler sur un projet de partenariat avec RTE (Réseau transport d’électricité), qui dispose d’un réseau de 10 000 ha de tranchées forestières. »

La protection des abeilles suggère une gestion coordonnée et collective du problème afin de réduire avec efficacité l’ensemble des variables qui les menacent.