Les causes environnementales de l’extrême sécheresse en Somalie

La crise humanitaire en Somalie inquiète. Jean-Cyril Dagorn d’Oxfam France donne une interview au Journal de l’environnement. Il dessine un portrait des causes environnementales de la crise alimentaire qui y sévit. Les Nations Unies estiment que 1,6 milliards sont nécessaires à l’Afrique de l’Est pour éviter la crise.

La crise alimentaire a créé une situation humanitaire désastreuse. Guerre civile et mouvement de réfugiés rendent difficiles ou impossible l’intervention de secours internationaux.  La situation est grave 12 millions de personnes sont en situation très critique, dont 3,7 millions sont touchées par « la sécheresse exceptionnelle » en Somalie, explique M. Dagorn.

Les causes environnementales sont connues. La région de la Corne d’Afrique est affectée par le phénomène de la Nina – il s’agit d’une anomalie climatique qui touche différemment certaines régions du monde, et a ici particulièrement  renforcé la sécheresse. Pour le représentant d’Oxfam, « ce phénomène n’est pas nouveau mais devrait il s’accentuer dans le futur » d’autant qu’il a été d’une amplitude extrême cette année.

Le responsable d’Oxfam France s’inquiète cependant déjà des conséquences prochaines. Deux saisons des pluies ont été minées par la sécheresse. En octobre, les pluies torrentielles risquent d’être absorbées difficilement dans les sols devenus arides. Cela risque de provoquer des inondations des plus destructrices, entrainant les sols les plus fertiles…

« L’impact est très clair sur les denrées alimentaires. La FAO prévoit une chute de productivité de 20% sur le maïs et les haricots dans ces régions d’ici la fin du siècle. » Aussi la région somalienne dénombre beaucoup d’éleveurs de bétails, et la plupart ont perdu entre 30 et 60% de leur cheptel.

 

Qu’advient-il de l’environnement dans l’urgence ?

L’association Peuples Solidaires a récemment enjoint les autorités à donner la possibilité aux populations dans la misère d’accéder aux zones touristiques et aux parcs nationaux. L’objectif est de donner une terre à ces éleveurs afin qu’ils y trouvent de quoi nourrir leur bêtes. Mais alors les terres vont perdre leur statut de zone protégée… C’est là une question de gouvernance essentielle qui questionne l’urgence de la situation et les perspectives de retour à la normale sur le long terme.

Jean- Cyril Dagorn cite aussi l’exemple des zones qui ont été « accaparées par l’Etat » comme en Ethiopie ou les terres cultivables auraient été vendues par l’Etat à des sociétés étrangères pour produire des agro-carburants. Le débat « rouler ou manger » revient ici à la surface… Les éleveurs sont perturbés par ce nouvel usage de leur terre et sont contraints de trouver de nouvelles routes de migration. Oxfam envisage le rachat du bétail le plus affaibli à ces paysans afin de distribuer la viande par la suite tout en leur permettant « de parer au plus pressé ».

La gouvernance internationale est trop limitée. Et l’aide nationale, il cite l’exemple de la France, est faible. Il relève l’exemple de la conférence des donateurs, à Nairobi, le 27 juillet…qui « n’existe pas ! » ; « l’activité diplomatique déployée par la France ces derniers jours n’est qu’un écran de fumée pour cacher la faiblesse de ses engagements financiers ». Mercredi 27 juillet, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies a effectivement réuni à Nairobi les ambassadeurs des pays donateurs, mais simplement pour faire un point régulier et technique de la situation en Somalie. La France n’a donné que 10 millions d’euros alors que l’Australie a donné l’équivalent de 46 millions. Or, il le rappelle, 1,6 milliards seraient nécessaires.

La crise somalienne est une crise humanitaire grave. La question de la gouvernance environnementale perd de son sens tant le contexte est avancé. Les sols ne peuvent être sauvés pour l’heure, la priorité est évidemment à l’humain. Cependant, peut-on penser qu’une prise de conscience plus rapide aurait pu prévenir une telle catastrophe ? Prévenir les émissions de gaz à effet de serre aurait-il réduit la violence du phénomène Nina ?

Inflation des prix agricoles et G20

 

Source: site ocde

Dans un nouveau rapport publié le 31 mai, Oxfam souligne que les défaillances de l’actuel système alimentaire mondial et les conséquences du changement climatique vont entrainer de nouvelles crises marquées par l’épuisement des ressources naturelles et l’augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. Les prévisions du rapport sont terribles : le prix des cultures de base augmenterait de 120 à 180 % d’ici 2030.

 

Pourquoi les prix flambent ?

Les prix flambent et provoquent la famine. L’inflation des prix de l’alimentation a de nombreuses causes.

L’ONG l’explique par les conditions d’offre de produits agricole, que ce soit la spéculation sur les matières premières ou l’augmentation du cours du pétrole qui a provoqué l’augmentation des prix des engrais et des transports ou encore les accidents dus au changement climatique (sècheresse, inondations, vagues de froid…).

La demande augmente énormément sous l’effet de la croissance de la population mondiale. L’ONG Oxfam dénonce aussi l’utilisation de la nourriture comme matière première pour la production de biocarburants qui concurrence les cultures alimentaires.

Le NPA y voit les revers d’ « autres causes plus structurelles [qui] ont mis à mal la souveraineté alimentaire des pays du nord comme du sud ». Pour eux, « le problème n’est donc pas, comme on voudrait nous le faire croire, le manque de nourriture mais la répartition et l’accès pour la moitié de la population mondiale déjà concernée par la crise alimentaire » des denrées existantes. Le mouvement anticapitaliste regrette le « développement d’un modèle agricole productiviste » et « des programmes d’ajustement structurel imposés au pays du sud pour assurer le remboursement de leur « dette » » qui nuisent finalement à leur agriculture. La destruction des barrières douanières des pays du sud soumet leurs paysans à produire pour exporter et non pour vivre…

Le rapport Oxfam souligne aussi l’impact négatif des politiques inefficaces des gouvernements et du comportement des grandes entreprises tirant bénéfice de ces politiques et faisant pression pour leur maintien.

 

Quelles victimes ?

« Les pauvres des pays pauvres, et les éleveurs des pays riches » sont les victimes de cette crise, affirme Philippe Chalmin, de l’université Paris-Dauphine.

Dans les pays développés, on observe l’augmentation des prix à la consommation (de 2,1% en France). La déclaration du G8 de Deauville les 26 et 27 mai concluaient que « la forte augmentation des prix des matières premières et leur volatilité excessive gênent considérablement la reprise » de l’économie.

« 44 millions de personnes […] sont tombées dans la misère depuis juin dernier sous le coup de la flambée des prix » déclare la Banque Mondiale. Oxfam envisage un scénario catastrophe surtout dans les pays pauvres importateurs de denrées alimentaires. Mais le pessimisme ne gagne pas tout le monde et Concepcion Calpe, économiste de la FAO estime qu’ « on a encore énormément de potentiels pour éviter une crise alimentaire »…

 

Que faire d’un tel constat ?

Une semaine avant la rencontre ministérielle du G20 agricole qui se tiendra à Paris les 22 et 23 juin, Oxfam appelle les pays du G20 à agir. Les gouvernements doivent investir dans l’agriculture paysanne et familiale, en valorisant les ressources naturelles, en gérant mieux le système alimentaire et en assurant l’égalité hommes – femmes.

Un rapport confidentiel de Pierre Jacquet, économiste en chef de l’Agence française de développement a été remis à Nicolas Sarkozy. Il juge impossible d’encadrer la spéculation, malgré l’objectif affiché de la présidence du G20 et propose 6 points pour réguler la hausse du cours des matières premières (les points ont, eux, été communiqués).

De nombreux désaccords subsistent entre les Etats-Unis, la Chine et l’Europe. Mais le ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire reste confiant sur la capacité des pays du G20 agricole à trouver fin juin un accord pour lutter contre la volatilité des prix. A la demande américaine, aucune réglementation financière ne sera étudiée lors du sommet.

Ainsi les 400 représentants dont 250 délégués de 120 organisations agricoles et paysannes de 80 pays répartis sur les 5 continents discuteront de l’avenir de l’agriculture mondiale dans les locaux de l’OCDE de Paris. L’objectif vise à établir une vraie régulation pour le G20 de Cannes, début novembre. Mais le risque de l’absence de consensus subsiste…