Danger de mort pour le marsouin du Yangtsé

Photo: Wikimedia.org

La Chine a enregistré depuis le début de l’année  la mort de 16 marsouins d’eau douce ne vivant que dans le fleuve Yangtsé et dans deux lacs reliés à ce fleuve. Cette espèce de marsouin à la particularité d’être dépourvue d’aileron central… et d’être en voie d’extinction. La pollution de l’eau, la pêche intensive et l’augmentation du trafic fluvial sont les principales causes de la chute de la population des marsouins du Yangtsé, qui sont aujourd’hui en danger de mort.

Un constat alarmant

La population de marsouins est estimée à ce jour à environ 1000 individus, selon Zuo Zuoyan, expert à l’Académie des sciences de Chine, alors qu’elle était de 2700 en 1991.  Elle baisse en moyenne de 6,4% par an et a chuté de 80% en 30 ans. Menacé par la pollution industrielle, le cétacé d’eau douce est placé sur la liste rouge des animaux en voie de d’extinction de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), « ces morts récentes font monter le taux de mortalité du marsouin aptère à un niveau de 5 à 10 %, ce qui signifie que l’espèce sera éteinte dans quinze ans ». D’après Wang Ding, lui aussi chercheur à l’Académie des sciences de Chine, « les dix prochaines années seront une période critique pour la conservation de cette espèce ».

La plus proche espèce du marsouin du Yangtsé est jugée éteinte depuis plusieurs années. Une expédition scientifique, qui s’est tenue en 2006, a révélé que le dauphin de Chine, mammifère « qui existait depuis plus de 20 millions d’année », a définitivement disparu. Il a été victime d’une pollution dévastatrice de l’eau douce dans laquelle il vivait, de la pêche illégale et du trafic fluvial non réglementé.

Une atteinte à la biodiversité

Les marsouins sont très sensibles aux modifications de leur milieu, induites par le réchauffement climatique et la pollution industrielle. Le niveau de l’eau a baissé, la nourriture s’est raréfiée, par conséquent les animaux ont commencé à disparaître de certaines zones. Parmi les 16 individus retrouvés morts, 14 n’ont pas pu atteindre des eaux plus profondes et plus poissonneuses, moins atteintes par la pollution. Les 2 autres sont morts à cause de blessures perpétrées par les pêcheurs. La pêche intensive a développé depuis les années 90 une technique d’une rare violence : « les pêcheurs utilisent des décharges électriques qui tuent tout ce qui se trouve dans un rayon de 20 mètres ».

Les autorités scientifiques chinoises se posent également la question de savoir si la construction en masse de barrages hydrauliques sur le fleuve – on en dénombre 1300 – serait une cause supplémentaire de la disparition des marsouins. Les chercheurs de l’Académie des sciences de Chine ajoutent qu’une étude de 2008 « a fait état d’un nombre élevé de décès de marsouins à cause de leur exposition au mercure, aux insecticides et au PCB ».La biodiversité du fleuve Yangtsé et des lacs qui y sont reliés est fortement impactée par la pollution industrielle et une pratique de pêche radicale. Il est difficile de ne pas être touché par le sort subit par les marsouins d’eau douce. Cette inquiétude permettra-t-elle de les sauver ?

Source : Lemonde.fr