Thaïlande, Honduras : des meurtres de défenseurs de l’environnement ou des droits de l’homme impunis

asie-info.fr

Un nouveau meurtre en Thaïlande

Le 25 février 2013, Prajob Nao-opas, un chef de village âgé de 43 ans, a été abattu en plein jour de 4 balles par un homme armé dans la province de Chachoengsao, à l’Est de Bangkok, en Thaïlande. Le meurtre est survenu alors qu’il attendait, dans un garage, la fin de la réparation de sa voiture. Des témoins ont affirmé sa mort lors de son transport à l’hôpital.

Depuis février 2012, Prajob Nao-opas menait une campagne publique pour dénoncer le déversement de déchets industriels toxiques provenant de zones industrielles voisines dans la province de Chachoengsao de Phanom Sarakham et Plaeng districts Yao. Il avait ainsi révélé dix cas de dépôt de déchets et pour certains des ouvertures d’enquêtes avaient eu lieu. Une campagne à laquelle le gouvernement n’avait pas accordé beaucoup d’attention et pour laquelle il avait pris bien peu de mesures.

L’organisation Human Rights Watch (HRW) exprime son indignation, tout comme les groupes de défense des droits de l’homme, et explique qu’une enquête est en cours. Elle affirme que les responsables de sa mort « quel que soit le statut ou l’affiliation politique » devront comparaître devant la justice. L’enquête menée par le général de police Niwat Rattanathamwat devra mettre en relief le motif du meurtre et ainsi déterminer s’il a été tué « en tant que leader de villageois opposés à des déchets toxiques » ; le général étant persuadé qu’ « un professionnel » est derrière cet assassinat.

Une justice mise à mal en Thaïlande et les mesures prises sont toujours insuffisantes

Un problème récurrent en Thaïlande est la présence de menaces de mort reçues par ces écologistes avant leur mort : une mise sous protection pourrait alors être envisagée et les morts ainsi évitées. En décembre 2012, Prajob avait reçu des avertissements de la police quant à une possible menace de mort. Il avait dit avoir remarqué que des hommes non identifiés à moto le suivaient et le photographiaient et il avait ainsi prévenu la police. Bien qu’ils aient tous deux été avertis, la victime n’a bénéficié d’aucune protection. Et bien malheureusement il n’est aucunement un cas isolé, on apprend par l’organisation HRW que pas moins de 30 militants ont été tués en Thaïlande depuis 2001 et le peu de suspects poursuivis en justice ne jouent pas un rôle majeur dans l’histoire. Par exemple, concernant le meurtre de Prajob, la personne reconnue coupable a été le conducteur de la voiture qui servait à prendre la fuite. En outre, Thailande-fr.com nous informe qu’ « un suspect a été inculpé dans moins de 20% des cas ». Dans un communiqué, le patron Asie de HRW, Brad Adams a déclaré, concernant ce meurtre, qu’il « constitue un exemple de plus de l’incapacité des autorités thaïlandaises à protéger les militants qui risquent leur vie pour défendre leur communauté ».

En Honduras

Cette même semaine, dans un communiqué d’Amnesty International du 21 février, on apprend la mort de José Trejo, un avocat connu spécialisé dans la défense des droits de l’homme, lequel a été abattu le 16 février alors qu’il circulait à moto. Si ce nom vous dit quelque chose, c’est certainement parce que son frère Antonio, militant des droits de l’homme « de premier plan » avait lui aussi été tué par des hommes armés et évidemment non identifiés en septembre 2012. Le même scénario perdure : aucune personne n’a été assignée en justice et lui, de même, avait reçu des menaces de mort. Son meurtre avait pourtant été soigneusement préparé et exécuté.

En Honduras, les menaces de mort contre des défenseurs écologistes se multiplient. Dans un communiqué d’Amnesty International du 7 février, l’organisation informait du danger qu’encourait Patricio Vindel, un militant pour les droits des lesbiennes, gays et personnes bisexuelles et transgenres (LGBT) suite à une menace de mort reçu le 22 janvier. Le 30 novembre dernier, l’organisation nous informait de menaces de mort reçues par Juana Dolores Valenzuela, une journaliste spécialiste des sujets sur l’environnement qui avait publiquement « condamné les conséquences pour l’environnement des mines à ciel ouvert et de l’abattage illégal des arbres du pays ». Et entre les menaces de mort et les meurtres, beaucoup d’entre eux subissent des tortures comme en a été victime Karla Zelaya, militante des droits de l’homme, enlevée le 23 octobre dernier et retenue captive pendant trois heures.

Si vous voulez voir de vos propres yeux l’état actuel des menaces reçues, des tortures et meurtres dénombrés en Honduras, rendez-vous sur le site d’Amnesty. C’est ici pour ce qui concerne la Thaïlande.

Encore du chemin à parcourir

Il y a vraisemblablement encore du chemin à parcourir pour la défense des droits de l’homme et pour enfin arriver à protéger la population comme tout Etat devrait être en mesure de le faire. Ces meurtres ont montré que la situation dans ces pays n’évolue pas suffisamment. Celle-ci est due soit à des mesures insuffisantes du gouvernement qui empêchent toute réelle justice, soit à une justice corrompue. A la mi-janvier 2013, en Thaïlande, un rédacteur en chef, prisonnier d’opinion depuis avril 2011, a demandé à plusieurs reprises une libération sous caution, ces demandes se sont soldées par un refus, injustice es-tu là ?

En attendant, espérons que les organisations obtiennent ce qu’elles demandent et que soient autorisées des enquêtes approfondies liées à ces meurtres.