Earth Overshoot Day : l’humanité désormais endettée auprès de la Planète

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Au 27 septembre dernier, l’humanité avait consommé depuis le 1er janvier 2011 toutes les ressources que la Terre peut offrir en un an! Selon WWF, qui fait part de ce constat ici, nous voilà donc tous endettés depuis 3 jours auprès de la planète jusqu’au 31 décembre prochain, qui soldera l’année. Autrement dit, nous sommes entrés en période de « déficit écologique« . WWF s’appuie sur des chiffres de l’association environnementale Global Footprint Network qui calcule chaque année « l’Earth Overshoot Day« , littéralement, « le jour de dépassement global », fixé en 2011 au 27 septembre.

Employant une rhétorique financière, comptable, les ONG environnementales parviennent de façon pédagogique et symbolique à nous alerter sur le fait qu’ « en 9 mois », les Hommes ont « épuisé le budget nature pour l’année ». Le Président de Global Footprint Network, Mathis Wackernagel, explique que « c’est comme si vous aviez dépensé votre salaire annuel trois mois avant que l’année soit terminée ».

WWF rappelle que « pendant très longtemps la nature a été capable de se régénérer et d’absorber la consommation de l’homme : sa biocapacité était intacte. Depuis environ 30 ans, un seuil critique a été franchi. La consommation de l’homme a dépassé ce que la nature était en capacité de fournir sur une année (filtration de CO2, production de matières premières…) ». Selon les données des associations, nous vivons donc bien au-dessus de nos moyens et il est temps d’être un peu plus raisonnable et d’arrêter une surconsommation à tout va.

Non seulement les ONG, mais également les institutions européennes, attirent notre attention en ce sens. La Commission européenne réfléchit en effet depuis le 20 septembre à une rationalisation de l’usage des ressources naturelles afin que leur consommation soit optimisée et qu’au final, ces ressources soient préservées.

La problématique de l’exploitation des ressources est primordiale, d’autant plus au regard des prévisions de l’ONU selon laquelle nous serions « 7 milliards » d’êtres humains dans le courant du mois d’octobre. Selon le Dr. Juan Carlos Morales, Directeur de Recherches et des Normes du Global Footprint Network, « offrir une bonne qualité vie à la population mondiale est certainement possible, mais cet objectif ne peut être atteint si nous restons sur des modèles de développement et de croissance gourmands en ressources tels que ceux utilisés dans le passé ».

Mathis Wackernagel estime que, pour répondre aux besoins croissants d’une population elle même croissante, il faudrait aujourd’hui « 1,2 à 1,5 Terre« … Des solutions existent d’après lui, encore faut-il les encourager et les mettre en oeuvre. Il s’agit de développer les « nouvelles technologies », améliorer « l’aménagement urbain », encourager les « éco-constructions », mettre en place une « réforme fiscale écologique », amorcer des « régimes faibles en viande », procéder au « calcul du cycle de vie des produits, etc ».

Inflation des prix agricoles et G20

 

Source: site ocde

Dans un nouveau rapport publié le 31 mai, Oxfam souligne que les défaillances de l’actuel système alimentaire mondial et les conséquences du changement climatique vont entrainer de nouvelles crises marquées par l’épuisement des ressources naturelles et l’augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. Les prévisions du rapport sont terribles : le prix des cultures de base augmenterait de 120 à 180 % d’ici 2030.

 

Pourquoi les prix flambent ?

Les prix flambent et provoquent la famine. L’inflation des prix de l’alimentation a de nombreuses causes.

L’ONG l’explique par les conditions d’offre de produits agricole, que ce soit la spéculation sur les matières premières ou l’augmentation du cours du pétrole qui a provoqué l’augmentation des prix des engrais et des transports ou encore les accidents dus au changement climatique (sècheresse, inondations, vagues de froid…).

La demande augmente énormément sous l’effet de la croissance de la population mondiale. L’ONG Oxfam dénonce aussi l’utilisation de la nourriture comme matière première pour la production de biocarburants qui concurrence les cultures alimentaires.

Le NPA y voit les revers d’ « autres causes plus structurelles [qui] ont mis à mal la souveraineté alimentaire des pays du nord comme du sud ». Pour eux, « le problème n’est donc pas, comme on voudrait nous le faire croire, le manque de nourriture mais la répartition et l’accès pour la moitié de la population mondiale déjà concernée par la crise alimentaire » des denrées existantes. Le mouvement anticapitaliste regrette le « développement d’un modèle agricole productiviste » et « des programmes d’ajustement structurel imposés au pays du sud pour assurer le remboursement de leur « dette » » qui nuisent finalement à leur agriculture. La destruction des barrières douanières des pays du sud soumet leurs paysans à produire pour exporter et non pour vivre…

Le rapport Oxfam souligne aussi l’impact négatif des politiques inefficaces des gouvernements et du comportement des grandes entreprises tirant bénéfice de ces politiques et faisant pression pour leur maintien.

 

Quelles victimes ?

« Les pauvres des pays pauvres, et les éleveurs des pays riches » sont les victimes de cette crise, affirme Philippe Chalmin, de l’université Paris-Dauphine.

Dans les pays développés, on observe l’augmentation des prix à la consommation (de 2,1% en France). La déclaration du G8 de Deauville les 26 et 27 mai concluaient que « la forte augmentation des prix des matières premières et leur volatilité excessive gênent considérablement la reprise » de l’économie.

« 44 millions de personnes […] sont tombées dans la misère depuis juin dernier sous le coup de la flambée des prix » déclare la Banque Mondiale. Oxfam envisage un scénario catastrophe surtout dans les pays pauvres importateurs de denrées alimentaires. Mais le pessimisme ne gagne pas tout le monde et Concepcion Calpe, économiste de la FAO estime qu’ « on a encore énormément de potentiels pour éviter une crise alimentaire »…

 

Que faire d’un tel constat ?

Une semaine avant la rencontre ministérielle du G20 agricole qui se tiendra à Paris les 22 et 23 juin, Oxfam appelle les pays du G20 à agir. Les gouvernements doivent investir dans l’agriculture paysanne et familiale, en valorisant les ressources naturelles, en gérant mieux le système alimentaire et en assurant l’égalité hommes – femmes.

Un rapport confidentiel de Pierre Jacquet, économiste en chef de l’Agence française de développement a été remis à Nicolas Sarkozy. Il juge impossible d’encadrer la spéculation, malgré l’objectif affiché de la présidence du G20 et propose 6 points pour réguler la hausse du cours des matières premières (les points ont, eux, été communiqués).

De nombreux désaccords subsistent entre les Etats-Unis, la Chine et l’Europe. Mais le ministre français de l’Agriculture, Bruno Le Maire reste confiant sur la capacité des pays du G20 agricole à trouver fin juin un accord pour lutter contre la volatilité des prix. A la demande américaine, aucune réglementation financière ne sera étudiée lors du sommet.

Ainsi les 400 représentants dont 250 délégués de 120 organisations agricoles et paysannes de 80 pays répartis sur les 5 continents discuteront de l’avenir de l’agriculture mondiale dans les locaux de l’OCDE de Paris. L’objectif vise à établir une vraie régulation pour le G20 de Cannes, début novembre. Mais le risque de l’absence de consensus subsiste…