Et si on arrêtait de se lancer des fleurs ?

 

Un article intéressant a été publié par la journaliste Catherine Bernard sur la plate forme Slate.fr.

Depuis plus de 20 ans, l’Europe et la France voient leurs émissions de CO2 diminuer alors que les pays émergents  comme la Chine ou l’Inde enregistrent une très forte progression des leurs. L’Europe, en bon petit soldat,  a alors la fâcheuse tendance à se positionner en tant qu’exemple à prendre en termes de bonnes pratiques environnementales. Mais…

La journaliste alerte sur le fait que ces chiffres sont à prendre avec précaution. En France, par exemple, les émissions de CO2 ne concernent que les productions réalisées sur le territoire national. Elles  incluent les produits exportés mais négligent les importations. « En tenant compte de ce facteur – et à partir des chiffres d’émissions de 2005 –  les services statistiques de l’Etat français ont ainsi calculé que le solde des émissions de CO2 des échanges extérieurs de la France était de 135 Mt, qui viennent donc s’ajouter aux 410 Mt émises sur le territoire national. Et si aucune statistique d’évolution de ce chiffre n’est pour l’instant disponible, il y a fort à parier que nous « importon » une partie croissante de notre CO2, une tendance que la désindustrialisation accélérée de la France risque fort d’accentuer ». 545 Mt, nous sommes déjà plus éloignés des 410 Mt annoncés au départ…

Catherine Bernard insiste sur le fait que l’enjeu du développement durable n’a peut être pas réellement été assimilé par la population. Il est vrai que si l’on se fie aux différents sondages publiés, l’opinion deviendrait de plus en plus sensible aux thématiques de développement durable et de responsabilité environnementales. Dans l’absolu, il semblerait que cette tendance ne soit pas toujours mise en pratique.

« Pourquoi inventer des ampoules à faible consommation si on les laisse allumées toute la journée ? Ou investir dans des chaudières à très fort rendement et isoler drastiquement les maisons puisque les ménages en profitent pour augmenter le thermostat ? »

Catherine Bernard prend l’exemple d’une étude réalisée par le constructeur de maisons basse consommation d’énergie (BBC) Trecobat. Ses clients ont certes effectué des économies non négligeables sur leurs factures de chauffage (passées de 1 152 à 739 euros), mais 59% d’entre eux ont avoué en profiter pour augmenter le thermomètre à 20-22°C en journée, contre une recommandation à 19°C. Ces clients ont, en effet, réduit leurs émissions de gaz à effet de serre mais pas autant qu’ils auraient pu.

Est-il vraiment rentable, pour l’environnement, de proposer des services de véhicules  auto-partagés et ainsi pousser des usagers à ne plus prendre les transports en commun ? Il en va de même pour d’autres investissements soi-disant « verts »  comme par exemple, la construction d’un tramway, certes électrique, quand on connait la dépense énergétique engagée durant plusieurs années par la construction de ce dernier. Un simple couloir réservé aux  bus ne serait-il pas plus « green » ?

« L’effet rebond », c’est le terme utilisé par les experts pour définir cet effet pervers. « Plus la consommation d’un produit ou service devient économe en énergie, et plus sa consommation devient accessible, entraînant une augmentation du pouvoir d’achat et donc de la consommation (de ce produit ou d’un autre). Avec bien souvent à la clé, une augmentation des émissions de gaz à effet de serre ».

Le chemin s’annonce encore tortueux avant d’arriver à la construction d’un équilibre entre développement humain et préservation de l’environnement. Invoquer la sauvegarde de la planète est une chose mais n’est-ce pas avant tout  l’humanité qui aurait besoin d’être sauvée  ?

L’article de Catherine Bernard est consultable à cette adresse.