Asie : Patrick Buffet, PDG d’Eramet, en Indonésie pour un investissement de 3 milliards de dollars

weda bay nickel
credit wikipedia

Régulièrement, l’évolution des perspectives économiques, politiques et démographiques de l’Asie revient en « Une » de médias en ligne traitées sous différents angles mais toujours soucieux d’insister sur un potentiel de développement difficilement mesurable.

Il y a encore peu, c’est le webzine Slate.fr qui s’est penché sur la question en consacrant un long article au « grand jeu stratégique de l’Asie » que constituerait la Birmanie, point d’équilibre fragile et possible lien futur entre les deux géants régionaux, la Chine et l’Inde.

C’est une autre « figure » asiatique qui est le théâtre de la signature d’un important projet peu relayé en métropole : l’Indonésie. Le pays est surtout connu pour être l’une des plus grandes nations musulmanes au monde ou du fait du tristement célèbre tsunami de décembre 2004. Or son immense territoire est la source de métaux essentiels, ce qui a fait l’objet de toute l’attention gouvernementale pour être exploitée au mieux, tant en termes économiques que d’emplois.

Cette volonté affichée a conduit les autorités à confier au géant minier français Eramet l’exploitation du gisement de nickel de WedaBay qui serait extrêmement prometteur en termes de réserves.

Dans ce cadre, le PDG d’Eramet, Patrick Buffet, a été reçu début septembre par le Président et le Vice-Président indonésien ainsi que par le Ministre de la coordination économique afin d’aborder le calendrier et les engagements financiers de l’entreprise et de ses partenaires, dont Mitsubishi, pour la construction d’une usine de transformation de nickel. Construction qui doit être soumise au conseil d’administration du groupe français fin 2012.

Signe de l’importance du projet, l’investissement annoncé pour la première phase de la construction de l’usine serait d’environ trois milliards de dollars, assumé pour les deux tiers par Eramet et le tiers restant par Mitsubishi. Néanmoins, cette somme serait à la hauteur des chiffres de production avancés puisqu’il est question d’une capacité de 60 000 tonnes à terme, soit l’une des importantes du monde, pour une usine qui doit générer près de 5000 emplois, indirects et directs. Le projet s’attache par ailleurs à un respect des meilleurs standards environnementaux et sociétaux internationaux, comme en témoignent les nombreuses études déjà réalisées et en cours portant sur les milieux impactés par le projet.

De sources officielles, les autorités indonésiennes ont fait savoir à Patrick Buffet qu’elles accordaient une place très importante à ce projet car il est porteur de développement économique pour la région de l’Est indonésien qui est moins développée sur le plan industriel que l’Ouest et parce qu’il permet de créer de la valeur ajoutée sur place en transformant le minerai en emplois grâce à l’usine.

Par ce projet de dimension internationale, l’Indonésie démontre qu’elle est déterminée à s’appuyer sur ses principales forces, en particulier son sous-sol, pour assurer le développement de son économie, auquel est pleinement associée sa population, et assumer sa participation au dynamisme économique régional.

Réguler les industries extractives à l’heure de la mondialisation : l’exemple de l’ITIE

 

http://eiti.org/

Le drame de Fukushima a encore amplifié les questions de toute nature portant sur  les apports et les dangers du progrès scientifique dans un contexte de raréfaction des matières premières. Faut-il renoncer à toute technologie ? Faut-il opter pour une application extensive du principe de précaution ? Quelles sont les places, les rôles et les responsabilités respectives des Etats, des entreprises, de la société civile ? Quels sont les meilleurs outils pour mieux réguler et surtout comment réguler ?

Dans le secteur des matières premières secteurs publics et privés sont intimement liés, de même que la recherche et l’innovation sont centrales et requièrent des investissements financiers très conséquents.

L’exploitation des richesses en ressources naturelles est appelée à constituer un moteur important pour la croissance économique mondiale mais pour cela son mode de gestion doit être encadré et reposer sur de véritables règles (applicables et appliquées !) de transparence financière. Ce potentiel de croissance ne pourra être pérenne que s’il bénéficie à l’ensemble des populations, comme aux entreprises et aux Etats.

C’est sur la base de ce constat et partant de ce besoin qu’a été lancée, à Londres, en 2003 l’ITIE (Initiative pour la Transparence des Industries Extractives ou dans sa langue d’origine Extractive Industries Transparency Initiative) par un groupe varié de pays, entreprises et organisations de la société civile.

L’ITIE milite pour un large partage des ressources naturelles et cherche pour ce faire à établir « une norme de référence incitant les entreprises à publier ce qu’elles paient et les gouvernements ce qu’ils reçoivent. »

Le fondement de l’ITIE repose sur l’idée que la compréhension du grand public des recettes et des dépenses des gouvernements dans la durée est susceptible de contribuer de manière constructive au débat public et de faciliter le choix d’options appropriées et réalistes favorisant le développement durable. Ainsi, l’ITIE œuvre pour que gouvernements et entreprises extractives s’attachent à s’inscrire dans une logique de transparence sur leur relation et les finances publiques.

Après plus de 15 ans d’existence, cette approche reposant sur la pédagogie et la recherche de la transparence est un succès comme en atteste le soutien explicite et complet que lui ont apporté les dirigeants du G8 dans la déclaration finale du sommet de Deauville le 27 mai dernier.

Mais cette dynamique lancée par ITIE ne se cantonne pas aux pays les plus puissants et tend à s’implanter partout dans le monde, notamment dans les régions riches en ressources naturelles comme l’Afrique. La réunion régionale pour l’Afrique de la coalition « Publiez ce que vous payez (PCQVP) » qui s’est déroulée à Kinshasa, en République Démocratique du Congo , du 24 au 27 mai dernier autour du thème « Agenda de la transparence sur les industries extractives en Afrique après 50 ans d’indépendance ; réalisations, défis et perspectives d’avenir » entérine la nécessité et l’utilité d’une telle approche et marque un premier pas en ce sens. Les délégués des 20 pays membres ont accueilli positivement la déclaration du G8, validant ainsi la cohérence et de la pertinence internationale de la démarche.

D’envergure mondiale, l’ITIE compte aujourd’hui plusieurs dizaines de pays membres (France, Etats Unis, Allemagne etc…) et autant de représentants de la société civile et d’organisations professionnelles. Plus important encore de plus en plus de grandes entreprises d’envergure mondiale la rejoigne témoignant ainsi de la part de chacun de ses membres de la volonté de mettre en place une réelle politique de développement durable reposant sur la transparence et le souci d’implication des populations locales.

En France, l’initiative de l’ITIE a reçu un accueil très favorable de la part des entreprises françaises puisque l’on compte parmi ses membres Total, Areva, GDF-Suez. Eramet, leader mondial dans le secteur des industries minières vient de les rejoindre.

Les ONG et le secteur minier : le cas de l’Indonésie

Suivant l’évolution du système médiatique, désormais mondialisé et rythmé par la publication constante d’informations nouvelles, les ONG ont été contraintes de déployer des stratégies de communication plus poussées et plus agressives pour atteindre leur cible, leurs potentiels donateurs. Pour faire entendre leur voix dans le concert international d’émetteurs d’informations, ces organisations se doivent de se faire remarquer et tendent pour cela à s’attaquer à des groupes emblématiques, des figures de proue de secteur, dont la critique sera compréhensible, voire validée, par le plus grand nombre. Néanmoins, en dépit d’avantages en termes de visibilité, cette stratégie comporte un certain nombre de risques au premier rang desquels la défense imparfaite, parce que biaisée, d’une cause.

Pour quelle(s) raison(s) et avec quelle(s) conséquence(s) les ONG ont-elles recours à une telle méthode ? Ce sont les questions que se pose l’écrivaine américaine Elizabeth Pisani en prenant le cas de l’industrie minière en Indonésie. Epidémiologiste, ancienne journaliste pour le quotidien britannique The Guardian et se présentant comme une aventurière, elle anime un blog depuis les îles indonésiennes où elle vit, sur lequel elle a récemment publié un article dédié aux « bad guys » du secteur des mines. Pointant l’attention et le traitement inégal réservé aux compagnies minières par les organisations locales de protection de l’environnement, Elizabeth Pisani regrette que les militants écologistes, dont la branche locale des Amis de la Terre, Walhi, concentrent leurs critiques sur les projets menés par de grands groupes occidentaux tels qu’Eramet, délaissant les autres exploitants dont les dégâts sur l’environnement leur paraissent incontrôlables et irrémédiables.

De son point de vue, le risque induit par cette surveillance et cette contestation à deux vitesses pourrait potentiellement être l’abandon de projets miniers existant ou à venir par les entreprises ayant développé une véritable politique de responsabilité environnementale et sociale. Cela au profit de « petites compagnies complètement irresponsables et prêtes à corrompre les dirigeants locaux pour obtenir des permis sur lesquels aucun contrôle ne sera exercé ».

Le cas indonésien est symptomatique de son analyse : dans le cadre du projet d’exploitation de nickel Weda Bay, le groupe français Eramet, en partenariat avec Mitsubishi, s’est engagé au niveau local en installant un cadre d’échange avec les populations et les organisations écologistes locales, mais aussi au niveau international par le biais d’accords MIGA, de la Banque mondiale. Eramet est aussi signataire de l’initiative pour la transparence des industries extractives (EITI), soutenue par le gouvernement français. Le groupe a mis en œuvre un « important programme de gestion socio-environnementale (atténuation des impacts, réhabilitation, mesures compensatoires,…) » et un « programme de compensation des impacts résiduels sur la biodiversité », dans le cadre du programme international « Business and biodiversity offset » lié au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

En dépit de ces garanties, reconnues par les Etats, la société civile et la communauté internationale, pour atténuer les conséquences de l’exploitation minière sur l’environnement et les conditions de vie des habitants, Weda Bay Nickel reste contesté par certains organismes locaux qui, conscients d’être face à un interlocuteur à l’écoute, défendent une position ferme. Il semblerait qu’il n’en soit pas de même avec le projet voisin de l’entreprise chinoise Tekindo Energi malgré des cadences d’extraction et d’exportation de nickel brut intenses et peu regardantes vis-à-vis de l’environnement, selon les témoignages de riverains du site. Ce manque d’intérêt notable s’explique peut-être par le fait que la mine de Tekindo fermera avec l’application d’un moratoire en 2014. Il n’en reste pas moins que les dégâts causés seront permanents et justifient sans doute une politique environnementale préventive et homogène.

 En Indonésie comme dans tout pays où sont extraites les richesses de la Terre, où une entreprise fait appel à des ressources et à une main d’œuvre, la société civile, que ce soit des associations citoyennes ou des organisations écologistes, doit pouvoir s’informer et s’exprimer. En retour, pour que son jugement soit équitable et validé par toutes les parties prenantes, il doit être basé sur des critères objectifs et rationnels répondant à des normes internationales

Weda Bay Nickel : adhésion au BBOP pour Eramet

Le projet minier d’Eramet en Indonésie, Weda Bay Nickel, poursuit son cheminement vers l’accession à une respectabilité forte et concrète en matière de respect de l’environnement.

Déjà membre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) et ayant élaboré une politique propre de développement durable, Eramet a rejoint le programme de compensation de la biodiversité (BBOP) en 2011 dans le cadre du projet Weda Bay Nickel, afin de suivre les meilleures pratiques actuelles dans le domaine de la compensation de la biodiversité. Par cette appellation, il faut entendre la compensation des effets négatifs résiduels de certains projets sur la biodiversité après que des mesures de prévention et d’atténuation appropriées ont été prises.

BBOP (Business and Biodiversity Offset Program en anglais) est un programme créé par les organismes de protection de l’environnement Forest Trends et Wildlife Conservation Society et soutenu par le Programme des Nations Unies pour le Développement. BBOP a pour but de tester et développer des pratiques de référence dans le domaine des programmes de compensation de la biodiversité par le biais de projets pilotes. Dans ce cadre, BBOP a développé dix principes que les adhérents au programme se doivent de respecter. Parmi eux, le principe de la hiérarchie d’atténuation selon lequel la compensation ne doit pas empêcher en amont d’éviter et de minimiser les impacts, puis de réhabiliter le site.

2012 sera l’année de la concrétisation des engagements pris par Eramet au travers de BBOP, en particulier pour Weda Bay Nickel, qui mettra en œuvre tous les moyens pour n’engendrer aucune perte nette en matière de biodiversité. Par ailleurs, les autres principes du programme seront respectés, tels que la participation des différentes parties prenantes (locales et internationales) au projet de compensation. Les communautés locales en particulier seront impliquées dans ce projet de compensation afin de ne pas être impactées négativement et de bénéficier des retombées positives.

Adhésion du groupe minier français Eramet à l’ITIE

Etendard de la « transparence financière » au niveau mondial depuis près d’une décennie, l’ITIE (Initiative pour la Transparence des Industries Extractives) a refait parler d’elle il y a peu en recevant l’appui marqué du G8.

Rassemblant Etats, entreprises et société civile, l’organisme vient d’accueillir parmi ses soutiens un nouveau grand groupe français, Eramet spécialiste de l’extraction minière, notamment au Gabon et en Nouvelle Calédonie.

 

L’adhésion d’Eramet à l’ITIE vient renforcer une politique de responsabilité, de citoyenneté, d’intégrité et de respect des personnes initiée en 2010 et formalisée par une Charte d’Ethique.

A travers cette nouvelle adhésion, le Groupe s’est engagé pour la valorisation responsable des ressources naturelles et la complète transparence des transferts d’argent entre les entreprises et les Etats hôtes. Sur un plan plus sociétal il se doit d’entretenir un dialogue permanent avec ses parties prenantes.

L’association d’Eramet à l’ITIE devrait permettre une pérennisation de ces engagements tout en leur donnant une légitimité et une visibilité accrues au niveau international. Cette adhésion lui donnera aussi l’occasion de participer et de tirer bénéfice des débats et expériences accumulés par les différents adhérents de l’initiative.

 

Le but de l’ITIE est de « renforcer la gouvernance en améliorant d’une part la transparence des revenus générés par les industries pétrolières, gazières et minières et d’autre part la responsabilisation dans le secteur extractif ». Eramet ayant fait part de sa détermination à contribuer à l’« assainissement » des relations et transactions entre les différents intervenants de son secteur, son adhésion à l’ITIE donne le signal à ses interlocuteurs, notamment au niveau local, du sérieux de sa démarche et de l’évolution très concrète des pratiques d’extraction dans le secteur minier, davantage respectueuses tant en termes environnementaux que financiers. Par la défense d’une « norme mondiale » unanimement reconnue, Eramet assume son statut de géant minier et se positionne comme l’un des futurs leaders potentiels dans l’application de la « transparence financière ».

 

Le lien entre l’extraction de minerais indispensables aux populations du monde entier et le respect de communautés locales et de l’environnement n’en sortira que davantage renforcé.