Corne de l’Afrique – régler les causes profondes de la crise s’annonce délicat

La sécheresse qui frappe actuellement la Corne de l’Afrique ne suscite toujours que bien peu d’engouement. Alors que les Nations Unies évaluent à près de sept cent millions d’euros le montant de l’aide humanitaire qu’il faudrait réunir pour soutenir les populations affectées, les promesses de dons de la communauté internationale ne comblent pour l’heure que la moitié de ce montant. Une évolution de cette situation est attendue le 25 août, date à laquelle doit intervenir une conférence de l’Union africaine, à laquelle participeront les donateurs.

Mais au-delà de cette aide d’urgence, certains intervenants appellent à aller plus loin, et à envisager le déploiement de mesures pour qu’une telle crise ne se reproduise plus. Jacques Diouf, directeur général de la FAO, souhaite ainsi que l’on commence « à bâtir pour l’avenir » et veut inciter les gouvernements et les donateurs à investir dans l’agriculture. Position mise en avant également par Yukiko Omura, vice-présidente du Fonds international de développement agricole, qui souhaite un soutien accru au développement de cultures vivrières sur place, permettant de fournir en alimentation les communautés.

Certaines mesures envisagées par la communauté internationale vont dans ce sens. Il s’agit par exemple de la fourniture de semences, d’engrais et d’eau destinée à l’irrigation, afin d’assurer la campagne de semis à venir. Mais régler les causes profondes de la crise sera bien plus délicat, même si des propositions existent.

Source : journaldelenvironnement.net.

Eau et agriculture : quel est l’impact du changement climatique ?

Source: Fotosearch

La période estivale amène sécheresse, pic de pollution et incendies. A chaque jour, son rapport. Hier, le 9 juin, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publiait son dernier rapport « Changement climatique, eau et sécurité alimentaire ». Le papier se présente comme « une étude exhaustive des connaissances scientifiques actuelles sur les conséquences annoncées du changement climatique sur l’utilisation de l’eau dans l’agriculture ».

Au cours des prochaines décennies, le changement climatique aura un impact majeur sur les disponibilités en eau pour l’agriculture et sur la productivité des cultures, décrit la FAO. D’autant que la demande alimentaire mondiale va progresser de 70% d’ici 2050 et la production de viande devrait doubler…

 

L’agriculture pèse lourd dans la consommation d’eau mondiale

L’Organisation estime que les décideurs doivent développer l’utilisation des eaux souterraines disponibles afin d’atténuer les risques susceptibles d’affecter la production des agriculteurs. La FAO conseille de mettre en œuvre des systèmes efficaces de «comptabilité de l’eau » dans les pays en voie de développement et de changer leurs modèles culturaux pour pouvoir planter plus tôt ou plus tard. Cela permet d’optimiser l’irrigation. L’analyse des secteurs agricoles consommateurs permet d’agir de manière spécifique.

La production de céréales et de maïs consomme beaucoup. C’est cependant l’élevage de certaines espèces qui est le plus gourmand en eau.

 

Produit Unité Equivalent en eau en m3 par unité
Bovins Tête 4000
Moutons et chèvres Tête 500
Boeuf frais kg 15
Agneau frais kg 10
Volaille fraîche kg 6
Céréales kg 1,5
Agrumes kg 1
Huile de palme kg 2
Légumineuses, racines et tubercules kg 1

 

Les pays en voie de développement devraient veiller à mieux développer les procédures d’attribution d’eau aux parcelles agricoles, qui seraient à la fois «robustes et flexibles».

Ce conseil est fondé. Cependant, le problème mondial trouve une fois encore sa solution …chez les pays les plus pauvres. En temps normal (de non sécheresse), les rendements de production sont bien inférieurs à leur potentiel agro-climatique, faute de moyens et de techniques. La Banque mondiale estime qu’il faut investir environ 2,5 milliards de dollars (1,88 milliard d’euros) par an entre 2010 et 2050 pour réussir cette adaptation de l’agriculture Si le FAO les encourage à modifier leurs modèles, il faudra aussi qu’elle reste présente pour les supporter – notamment financièrement – vers cette transposition.

L’organisation développe une autre piste : favoriser des systèmes agroforestiers mixtes. Elle décrit que « tout en séquestrant le carbone, ces systèmes offrent des avantages supplémentaires, tels que l’ombre qui réduit la température du sol et l’évaporation, une protection accrue contre le vent et une meilleure conservation des sols ainsi qu’une meilleure rétention de l’eau ». Elle propose aussi de chercher à conserver l’humidité des sols, notamment la pratique du « labour zéro » ou « minimum » – la réduction du labourage des champs – ou la plantation de cultures ayant des racines profondes qui exploite l’humidité disponible dans le sol.

 

Ce nouveau rapport ne cherche pas à être alarmiste mais bien à proposer une interprétation de l’impact du changement climatique et des solutions pour réduire l’ampleur du problème. Ces conseils constituent les premiers pas vers une nouvelle orientation qui doit impliquer tant les producteurs de pays développés que les producteurs de pays en voie de développement….

 

Sources: afriquinfos.com, le journal de l’environnement, le CRI, Romandie