US Army : le virage énergétique

L’armée américaine n’a pas attendu les révélations de l’ancien général Steve Anderson (voir R&E) sur le surprenant montant dédié à la climatisation des soldats en Afghanistan pour revoir sa politique énergétique. Le Département de la Défense Américain vient de publier un document exceptionnel sur la stratégie future de consommation énergétique par l’armée américaine et sa volonté d’indépendance face au pétrole.

1,5 fois la consommation de pétrole de la Suisse

Le pentagone est le plus grand consommateur de pétrole du monde : elle consomme chaque jour 320.000 barils de pétrole ou 19 milliards de litres/an. Sa facture énergétique, toutes énergies confondues, a augmenté de 225% en moins de 15 ans et pourrait rapidement doubler si rien n’est entrepris.

En Afghanistan, l’énergie est devenue un enjeu stratégique prioritaire. Les transports de carburants sont les convois sont les plus vulnérables face aux tirs des talibans. Selon le Corps des Marines, sur les 3000 soldats morts au front, 80% d’entre eux étaient des militaires chargés de protéger les transports de carburant – il y a un mort tous les 24 convois.

Les équipements modernes qui assurent le lien entre les commandements armée et les troupes sont gourmands en énergie. Les chiffres sont édifiants : un Marine transporte sur lui… 33 batteries pesant 3,5 kg qui doivent être rechargées toutes les 72 heures par des génératrices à essence et si un militaire nécessitait 3,7 litres d’essence par jour en 1945, le même soldat américain en consomme aujourd’hui 65…

Inquiet de la hausse de la consommation énergétique de son armée, l’Etat major craint les crises pétrolières et l’explosion des factures induites. Ainsi le plus grand consommateur mondial tente de contourner ce problème stratégique en investissant dans les nouvelles technologies renouvelables.

La conversion aux biocarburants

La Navy est l’unité de l’armée la plus engagée vers une véritable réforme énergétique. Elle a décidé, d’ici à 2020, de diminuer sa consommation de carburant de 50% et d’implémenter un système de conversion de «déchets en carburants » (biogaz). Plusieurs vaisseaux vont devenir hybrides et être propulsés par l’électricité.

Les infrastructures américaines en dehors du territoire vont être converties aux biocarburants et promouvoir l’énergie positive – produire plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Déjà de nombreuses bases sont équipées entièrement à l’énergie solaire et éolienne et l’installation de smart grids – «réseau électrique intelligent » – maximaliseront l’utilisation de l’électricité.

L’objectif de l’armée est de réduire sa consommation énergétique de 20% et d’atteindre 30% d’efficacité énergétique par la diminution des transports inutiles particulièrement dans l’US Air Force. L’économie est estimée à 400 millions de dollars.

Le revirement de situation du Pentagone trouve sa concrétisation par l’investissement massif dans les énergies renouvelables pendant longtemps marginal. La crainte de la pénurie de pétrole et l’explosion du budget énergétique deviennent aujourd’hui les facteurs moteurs du changement vers une politique énergétique plus responsable de son impact sur l’environnement.

L’espoir réside d’ailleurs dans les propos d’Amory Lovins, président du Rocky Mountain Institute, consultant indépendant et conseiller du Pentagone, pour qui le plan de l’armée américaine marque un tournant. Il déclare en effet que «la démarche du Pentagone aura des effets majeurs sur la consommation et l’utilisation de l’énergie aux Etats-Unis et dans le monde. […] La révolution énergique en sera accélérée.»

Source: 2000watts, le Temps

La climatisation des soldats américains en Afghanistan coûte plus cher que la Nasa !

Source: gizmodo.fr

 

D’après les révélations d’un général à la retraite Steve Anderson, responsable de la logistique en Irak sous le commandement du général Petraeus, les Etats-Unis dépensent 20 milliards de dollars par an uniquement pour climatiser les tentes et les préfabriqués en Irak et en Afghanistan – soit plus que le budget annuel de la Nasa.

Le coût de la guerre est élevé : l’importance du montant de l’approvisionnement des soldats en eau, en alimentation, en munitions et en carburant – venus du Pakistan, à 1000km des campements – est déjà connue. Le montant dépensé pour rafraichir les troupes l’est beaucoup moins ! Si l’Afghanistan est une terre très froide en hiver, elle est très chaude en été. Pour climatiser les tentes des soldats, cela coûte en carburant …et en vie humaine. En effet, d’après une étude de l’institut pour une politique environnementale de l’armée américaine (Aepi selon l’acronyme anglais), un soldat est tué tous les 24 convois de carburant lors des attaques d’insurgés.

Le ministère de la Défense est le plus gros consommateur d’essence du Pentagone. Selon l’ancien général, la solution serait de projeter la mousse de polyuréthane sur les tentes. Un devis d’un montant de 95 millions de dollars (67 millions d’euros) a été rédigé pour développer ce type d’isolation, qui permettrait d’économiser 1 milliard de dollars (700 millions d’euros).  Si la solution pourrait permettre au Ministère de réduire sa facture et de réduire l’impact de la climatisation sur l’effet de serre, la décision n’a pas encore été généralisée car elle exigerait la mobilisation de soldats pour être appliquée…

Source: journal de l’environnement, courrierinternational, goodplanet, gentside, grist.org

Moyen-Orient : la pollution ou la guerre ?

Source: thefirstpost.co.uk

 

De part et d’autre du Moyen-Orient, la pollution atmosphérique tue. Le constat est grave. L’Agence nationale de protection de l’environnement en Afghanistan note que la mauvaise qualité de l’air fait plus de victimes à Kaboul que la guerre. Selon elle, 3000 personnes mourraient chaque année à cause de la pollution de l’air à Kaboul, en comparaison, 2777 civils ont été tués dans l’ensemble du pays en 2010.

Les troubles atmosphériques sont aussi alarmants à Beyrouth, au Liban, décrit une équipe conjointe de chercheurs de l’Université Saint-Joseph (USJ) et de l’Université américaine de Beyrouth, sous l’égide du Conseil national pour la recherche scientifique – et  grâce à un financement de la région Île-de-France.

L’étude – réalisée en 2008 et 2010 – montre ainsi qu’en moyenne annuelle, « la concentration de dioxyde d’azote (NO2) dans l’air a dépassé les 53 microgrammes par mètre cube en 2009 et 58 µg/m3 en 2010, sachant que la teneur maximale admise par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est de 40 µg/m3 », explique Maher Abboud, professeur de chimie à l’USJ et membre de l’équipe de recherche.

Les causes de la pollution sont pour chacune des villes l’usage de voitures vétustes, le carburant de mauvaise qualité utilisé pour chauffer maisons et usines – les  déchets brûlés par les habitants à Kaboul et le manque d’urbanisation à Beyrouth.

Partout les urgences des hôpitaux sont de plus en plus fréquentées par les patients atteints de maladies cardio-pulmonaires. « Nous savons que la mortalité journalière hausse avec le degré de pollution » ajoute le Dr Marie-Louise Coussa-Koninski, chef du service de pneumologie à l’hôpital Rizk (Liban).

Ces constats sont finalement des appels à la réaction des autorités publiques pour réguler et réglementer les secteurs polluants tels que l’automobile ou l’urbanisme. Le cas afghan est un comble. La guerre qui tiraille le pays depuis 30 ans n’a pas permis de conduire des politiques de protections environnementales. Belligérants ou non, toute la population est à la fois victime et bourreau de ses voisins. La réaction des autorités sanitaires est certainement une première étape au changement, faut-il maintenant, pour les gouvernements avoir les moyens de réaliser ce changement…