Australie et Etats-Unis : on torture des moutons pour leur laine

mouton-tonduLa journaliste Audrey Garric, spécialiste des enjeux énergétiques et environnementaux, sur son blog hier, a consacré un article aux dramatiques conclusions de l’ONG PETA, People for ethical traitment of animals, qui a enquêté sur la production de laine en Australie et aux Etats-Unis, où l’on torture des moutons pour leur laine.

Maltraitances dans des établissements de production de masse

Des animaux terrifiés, face à des ouvriers violents, distribuant coups de poings, coups de tondeuses, de marteau… des moutons apeurés dont la chair est entaillée, piétinée, le coup brisé. Des bêtes ensanglantées. L’atmosphère est insoutenable, les témoignages vidéos, parus le 9 juillet sur le site de l’ONG, sont choquants.

L’ONG, un peu radicale, appelle les consommateurs à ne plus acheter de laine et à s’habiller – autant que faire se peut – en matière végétale. C’est une idée, mais quel serait l’impact sur la flore si l’humanité s’habillait à partir de matière « vegan » uniquement ? N’est-il pas plus raisonnable de ne consommer que des produits dont l’origine est connue, traçable, digne de confiance ? De petits élevages de moutons existent, dans lesquels les animaux sont traités avec respect, dont la laine est de belle qualité. Bannir un produit sous prétexte que certaines exploitations massives sont infernales non, boycotter ces exploitations et leurs produits : oui.

Le cercle vicieux de la méprise

La violence des ouvriers envers les animaux des installations dans lesquelles a enquêté PETA ne s’excuse pas. Elle peut toutefois s’expliquer. Ces ouvriers ne sont apparemment pas payés à l’heure mais au volume de laine récoltée. Ils s’abattent alors sur les pauvres bêtes sans défense et les tondent le plus vite possible pour maximiser leurs salaires. Comment travailler soigneusement dans le respect de la vie animale dans de telles conditions ? Le mépris du responsable d’exploitation, du patron, envers ses salariés se répercutent de ces derniers vers les bêtes. Classique. Sortir de ce cercle vicieux est pourtant possible. La politique salariale des ouvriers et leur management est « juste » à redéfinir, dans un contexte concurrentiel qui « pressurise » ces « salops de patrons », on en convient. C’est un fonctionnement global qu’il faut repenser, avec davantage d’humanisme et proximité.

La souffrance psychologique

La prise en charge de la question psychologique de ces ouvriers se pose également. Comment ne pas penser ici au roman de l’excellente polytechnicienne, Isabelle Sorente, « 180 jours », basé sur sa propre enquête : 180 jours, c’est le temps qui sépare la naissance d’un porc de sa mort à l’abattoir. C’est dans le même temps, la période qui fait basculer la vie des hommes, celle des porchers, d’un en particulier, Camélia, « bouffé » – comme un cochon au final – par son quotidien parmi quinze mille bêtes nées pour mourir en pâté, en lardons, dont les groins saignent tant leurs réflexes naturels se heurtent à un environnement artificiel et violent. Nous avions déjà consacré un article à ce sujet ici.

De quoi rêvent donc ces tondeurs de moutons lorsqu’ils s’endorment ? Comment parviennent il à relativiser, à se distancier de leur quotidien au sein des exploitations. Ne sont-ils pas tondus eux aussi, finalement, par un système économique qui ne profite qu’à une minorité ? Ne l’oubliez pas, nous sommes tous des moutons…