Doha : un suicide environnemental ?

COP18, Doha 2012, Qatar

Alors que la conférence de Doha sur le climat s’est achevée samedi sur un texte décevant, l’influent magazine online Slate Afrique titre aujourd’hui sur notre comportement suicidaire en matière de protection de l’environnement. Une lassitude semble s’exprimer sur le rapport que nous entretenons à l’environnement, comme si nous oubliions que nous sommes interdépendants.

Des associations timidement encourageantes

Susann Scherbarth, expert Climat aux Amis de la Terre, explique que l’UE doit être unie pour avancer et faire preuve de leadership dans les discussions, mais ce n’est pas ce qu’elle fait pour le moment à Doha. La Pologne bloque toute avancée. Mais l’UE ne peut pas continuer à se cacher derrière la Pologne ».

Les Amis de la Terre-UK ont condamné un pessimisme ambiant et diffusé des éléments d’encouragement notant que le changement est en marche et que de nombreuses associations s’activent sur le terrain. L’association se félicite de progrès réalisés, notamment concernant le « verdissement de grandes villes », une chute du prix des ENR, un développement de l’économie verte. L’association encourage le développement des économies d’énergie, dont le potentiel est de plus en plus reconnu et le meilleur moyen de réduire les émissions.

Kyle Ash, expert juridique de Greenpeace USA, écrivait le 4 décembre que l’issue de la conférence était plus qu’incertaine. Il a appelé les ministres à accentuer la teneur des négociations dont les plus gros sujets n’avaient pas encore été abordés. Pour lui, de forts engagements « post-Kyoto » étaient nécessaires, pour conduire à un accord contraignant en 2015. Il a également demandé qu’un arsenal législatif soit instauré aux États-Unis.

Bellona a déploré la lenteur de la première semaine de négociations lors de laquelle les pays riches et les pays pauvres ont « clashé » sur la poursuite ou non du protocole de Kyoto. Jonas Helseth, directeur de Bellona Europe, affirme que le fait que le prochain COP18 se tienne dans la capitale polonaise peut faire pression sur le pays pour qu’il n’échoue pas, bien que l’on connaisse son manque d’ambition en matière de lutte contre le réchauffement. Il prend exemple que le Qatar qui, bien qu’il ait le niveau le plus élevé d’émission par personne, montre un vif intérêt au développement de technologies alternatives, illustrant son propos par le Sarah Forest Project.

Bellona rapporte dans le même temps que selon un rapport publié dans le journal Nature Climate Change, il est de moins en moins probable que le réchauffement climatique soit contenu en dessus de 2 °C, l’objectif pourtant affiché par les Nations Unies.

Le Sierra Club a diffusé un billet sur la magie d’une telle rencontre, où « se retrouvent des personnes dont la complexe réalité quotidienne diffère complètement mais dont les croyances, les passions et le désir d’une meilleure qualité de vie pour le présent et l’avenir sont exactement les mêmes ». L’association « appelle alors tous les décideurs à soutenir cette conférence et prévient qu’elle n’abandonnera rien au sujet de la santé de notre planète, si cruciale pour notre avenir ». Le Sierra Club espère que les manifestations qui ont actuellement lieu au Qatar ne sont que les premières d’autres manifestations au Moyen-Orient, appelées à prendre la tête des débats.

Émotion du représentant philippin

Politiquement correct de l’ONU

À quelques jours de la fin des négociations sur le réchauffement à Doha, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon a rappelé aux 190 pays présents la réalité de la « crise » climatique, les exhortant au « compromis » pour parvenir à un accord sur Kyoto 2 et l’aide financière au Sud, points âprement discutés.

Commentaire d’une eurodéputée écologiste française

Sur Terra Eco, l’eurodéputée écologiste Sandrine Bélier a comparé « les tractations sur le climat à un bien triste match de foot » : « le match nul des négociations ».

Neutralité peu engageante de la Commissaire européenne au climat

Connie Hedegaard, Commissaire européenne au climat, a évoqué sur le réseau social Twitter, le 9 décembre : « Un parcours pas facile. Un parcours pas joli. Un parcours pas très rapide. Mais nous avons pu franchir le pont. Maintenant nous devons aller plus vite ».

Conclusion

Les Hommes affichent une bonne volonté et des prises de conscience en surface mais peinent toujours à traduire leurs déclarations en actes, de façon concertée et globalement intelligente. Tous ne doivent pas encore être convaincus de l’interdépendance qui nous lie, aux autres et à l’environnement.

Qui mieux que Thuan TRINH XUAN pour la décrire : « savoir que nous sommes tous des poussières d’étoiles, que nous partageons tous la même histoire cosmique, que nous sommes les frères des animaux sauvages et les cousins des coquelicots des champs, que nous sommes tous connectés à travers l’espace et le temps, ne peut qu’induire une conscience aigüe de notre interdépendance ».

(Thuan TRINH XUAN est astrophysicien américain, professeur d’astronomie à l’université de Virginie, à Charlottesville, auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation sur l’univers et les questions philosophiques qui découlent des découvertes scientifiques. Il est également chercheur à l’Institut d’astrophysique de Paris.)