Méditerranée : quand le plastique tue la biodiversité marine

Deux récentes études scientifiques, menées par les chercheurs de l’Expédition MED (Méditerranée en Danger),  ont révélé la présence de 290 milliards de micro-fragments de plastiques dans les eaux méditerranéennes. Micro-plastiques ayant la fâcheuse faculté de fixer les polluants persistants et de les transmettre à la chaîne alimentaire via le phytoplancton, tuant, de ce fait, la biodiversité marine et affectant les consommateurs.

Photo: envi2bio.com

Une mer de plastiques

Dans le cadre de MED, les chercheurs ont mené deux campagnes scientifiques, en 2010 et 2011, afin de surveiller la qualité de l’eau et de la vie marine en Méditerranée. Les  quelque 290 millions de micro-plastiques flottant découverts dans la partie méditerranéenne nord-occidentale apparaissent comme une menace pour la chaîne alimentaire, les déchets polluants étant ingérés par les poissons. Les chercheurs ont décelé environ 115 000 éléments ou fragments de micro-déchets par km² dans cette même zone, avec un maximum atteignant 892 000 éléments, selon l’analyse pratiquée sur les prélèvements. L’équipe de scientifiques, issus d’une dizaine de laboratoires universitaires européens, comme l’Ifremer, l’Observatoire de Villefranche-sur-Mer, et le CNRS, a publié ses résultats, en avril 2012, dans le périodique scientifique « Marine Pollution Bulletin ». Bruno Dumontet, responsable de l’expédition déclare que « les données confirment et valident les premières études liées à la campagne 2010 ».

Une véritable « soupe de plastique » composée de 60 à 80% de déchets véhiculant des espèces invasives, telles que des plantes exotiques mettant « en péril la biodiversité marine » – en plus des polluants persistants – à l’origine de la polymérisation de la mer Méditerranée, a été mise en lumière. Ces micro-plastiques de 0,3 à 5 mm de grandeur, de diverses compositions, tels que les filaments, le polystyrène, les films minces en plastique, issus de la fragmentation des emballages et de résidus industriels, comme des billes de polystyrène, peuplent cette faune très particulière. Roland Courteau, Sénateur de l’Aude, alarmé par la pollution en Méditerranée, pointe du doigt « la biodégradabilité des sacs plastiques » estimée à seulement 30% et propose dans un rapport gouvernemental 10 pistes pour sortir de cette situation d’ici 2030. A l’heure où le 7ème continent s’étend de plus en plus dans le Pacifique, les expéditions MED permettent de connaître les impacts des micro-plastiques  sur la biodiversité marine.

Dangereux impacts sur la chaîne alimentaire

L’expédition MED, menée d’août à septembre 2011, exploite des techniques poussées d’observation et de collecte du milieu marin. Pour affiner les relevés des outils de mesure traditionnels des courants, dans lesquels vivent les planctons, les scientifiques ont utilisé deux flotteurs équipés de balises Argos. En complément, 240 prélèvement du milieu ont été effectués, certains jusqu’à 100 mètres de fond, dont 80 étaient composés de micros plastiques, et 160 de myctophidés, ces petits poissons situés à la base de la chaîne alimentaire aquatique, qui se nourrissent exclusivement de zooplanctons.

Les analyses pratiquées sur les myctophidés ont révélé la présence de micro-débris de plastique dans l’estomac de ces derniers. Le point noir que soulèvent ici les scientifiques du MED est que les myctophidés sont la source principale de nourriture des poissons pélagiques, comme le thon, l’espadon ou encore l’anchois, que nous avons l’habitude de consommer. Pour le directeur de l’expédition, les impacts sur les organismes marins sont énormes, et les risques sanitaires réels. Il signale qu’ « un million d’oiseaux de mer et 100 000 mammifères marins “meurent de nos déchets chaque année“ ». Les risques pour l’humain sont également bien réels, puisque les micro-plastiques que nous ingérons peuvent être de type POP (polluants organiques persistants) et les polluants chimiques de type polyéthylène, polypropylène et polyphénols, qui affectent les organismes.

La « nécessité » de poursuivre les recherches

Suite aux résultats alarmants qu’ils ont obtenus, les scientifiques de l’expédition ont décidé « d’interpeller l’Union Européenne et ont lancé une pétition européenne visant à recueillir plus d’un million de signatures dans le cadre des initiatives citoyennes prévues par le Traité de Lisbonne ». Ils espèrent ainsi que la Commission européenne règlementera plus sévèrement « l’éco-conception des produits et de leurs emballages ».

Afin de prendre toute la mesure des dangers que recèle cette pollution et pour trouver des solutions pour limiter « cette catastrophe écologique en Méditerranée », les expéditions vont être poursuivies entre 2012 et 2014 dans l’ensemble du bassin méditerranéen, allant des côtes maghrébines, à la Lybie, en passant par les îles grecques. Les scientifiques insistent sur la « nécessité » de faire des études complémentaires pour évaluer les mécanismes de transfert des composés chimiques de plastiques aux zooplanctons, et mesurer l’impact des micro-plastiques sur l’environnement.

Source : Actu-Environnement.com