Le saumon est en phase de devenir la ruine écologique de la Norvège
Une association norvégienne a transmis au site d’information Rue89 les résultats catastrophiques de son étude sur l’impact environnemental de l’élevage de saumons en Norvège.
Critiquer l’industrie lucrative du saumon est de très mauvais goût à Oslo. Ce marché, multiplié par trois en vingt ans, représente 416 millions d’euros annuels.
L’association Green Warriors en a payé le prix lorsqu’elle a rendu publique l’année dernière son rapport sur l’impact environnemental de l’élevage de saumon.
En livrant à Rue89 l’exclusivité de la version française de son étude, Green Warriors poursuit son combat. En effet, l’association souhaite sensibiliser la population française – la France est le plus gros importateur de saumon norvégien – quant aux conditions d ‘élevage déplorables de ces poissons dont les Français sont si friands.
Il faut dire que, le site internet des exportateurs norvégiens de saumon ne lésine pas pour nous donner envie de consommer le fameux poisson à la chair rosée :
« Les médecins et scientifiques du mode entier s’accordent à dire qu’il faut manger plus de poissons gras, car ils sont bons pour le cœur, la circulation et la lutte contre certaines maladies inflammatoires, voire contre certain cancers.
De plus, le poisson gras renforce la santé mentale, les acides gras contenus dans l’huile sont essentiels pour le développement du cerveau et ont un effet bénéfique sur la dépression, la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer et certaines formes d’hyperactivité. »
Mais derrière ces belles paroles, une tout autre réalité du saumon norvégien est bien dissimulée.
Selon l’enquête Green Warriors :
- · 10 à 20% des saumons d’élevage meurent dans les cages, du fait de la surpopulation, de malformations et de maladies ;
- · Les études vétérinaires montrent que presque la moitié des saumons souffrent d’inflammation cardiaque, neuf sur dix de dépôts graisseux supplémentaires au cœur ;
- · Les vaccins inoculés aux saumons provoquent des effets secondaires, comme des péritonites ;
- · Les déchets alimentaires des fermes aquacoles s’élèvent à 7%, il y a donc 70 000 tonnes de restes rejetés en mer et qui sont ensuite mangés par les poissons sauvages à proximité.
Rue89 revient sur un reportage diffusé sur France 3 l’an dernier qui montre que l’aquaculture norvégienne n’a rien à envier aux élevages de porc intensifs bretons : entassement des animaux, traitements aux antibiotiques, épandages nocifs pour l’environnement…
Le ministre français de l’Agriculture Bruno Le Maire, inquiet d’apprendre l’usage de diflubenzuron dans les fermes norvégiennes, avait écrit à son homologue Lisbeth Berg-Hansen.
Il s’étonnait que ce pesticide, ne disposant pas d’autorisation de mise sur le marché en Europe, soit utilisé pour lutter contre le pou de mer dans les élevages norvégiens.
Poisson sauvage atteint par le pou de mer autour des fermes salmonicoles (John Øistein Berg/Rapport des Green Warriors de Norvège)
Sur la notice de ce produit, il est clairement écrit qu’il est « très toxique pour les organismes aquatiques, peut entrainer des effets indésirables à long terme pour le milieu aquatique. Ne doit pas être utilisé à moins de 30 m des fossés de drainage, des ruisseaux, des barrages ou de grands plans d’eau ».
Lisbeth Berg-Hansen avait tout simplement répondu au ministre français que ce produit était légal dans son pays pour lutter contre le pou de mer.
Le gros problème est qu’aucune expertise indépendante n’existe. Et pour cause, comme le met en avant, sous couvert d’anonymat, un journaliste norvégien :
« L’industrie piscicole et la politique sont très connectées, cela ne dérange pas vraiment les Norvégiens, et peu de journalistes enquêtent sur ce sujets. La Norvège a déjà des difficultés à exporter en Chine et aux Etats-Unis, elle ne veux pas se priver du marché français ».
Le président de Green Warriors, Kurt Oddekalv a pu constater en filmant les fonds marins l’ampleur de leur dégradation ou eutrophisation.
Le rapport complet de l’association Green Warriors est disponible sur le site de Rue89 à cette à cette adresse.
Source : Rue89 planete

