NKM : son plan national d’adaptation au changement climatique

Si on entend déjà les juilletistes et sceptiques pester contre les menaces de réchauffement climatique alors qu’ils souffrent d’un temps pluvieux, les autorités environnementales françaises cherchent à préparer la France à vivre avec quelques degrés de plus.

Au programme de la semaine, la réunion annuelle du Giec – groupe d’experts internationaux sur le climat – à partir du mardi 19 février tandis que la ministre de l’environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, présentera mercredi 20 juillet le plan national d’adaptation au changement climatique, le premier du genre en Europe.

Premier évènement, la semaine du Giec permet à ses 250 experts de se rencontrer afin de mettre en commun leurs conclusions et synthèses. Ce sous-groupe d’experts est chargé d’évaluer les aspects scientifiques du changement climatique (fonctionnement de l’effet de serre, cycle du carbone, variations climatiques du passé, etc.).

Mercredi, Nathalie Kosciusko-Morizet, lors de son annonce, proposera une série de mesures destinées à préparer la France de la fin du siècle à vivre avec 2 à 3 °C de plus en moyenne par an. Oui, la France n’est pas le pays du monde le plus menacé par les effets du changement climatique mais la raréfaction des pluies et la baisse de l’enneigement peuvent causer des tords dans de nombreux domaines comme le tourisme, la santé, l’agriculture…

« Le CO2 est la base de la nourriture des plantes » : la pollution a parfois du bon

Depuis les années 1950 et jusqu’en 2003, la forêt française n’avait jamais été aussi productive grâce aux émissions croissantes de CO2 qui nourrit la végétation, mais aussi aux dépôts de pollution azotée issue de l’industrie ou des transports, qui constituent un excellent engrais.

Cependant qu’il s’agisse de l’activité sylvicole ou agricole, la nature n’apprécie pas les conditions extrêmes. Les conditions de sécheresse menacent chacun des domaines. « Il faut favoriser la capacité d’adaptation des nouvelles générations d’arbres à leur environnement futur » en mélangeant les espèces, décrit Michel Vennetier, chercheur en écologie forestière au Cemagref.

Pour la santé des forêts, les autorités proposent d’insister sur la prévention contre les incendies et d’autre part la préservation contre les parasites.

« En matière agricole, les impacts du changement climatique ne sont pas univoques et varient énormément en fonction du type de culture », assure ainsi Nadine Brisson, directrice de recherche de l’unité Agroclim de l’Inra.

« Le changement climatique ne sera pas une catastrophe pour l’agriculture, à condition de se préparer », affirme cependant la scientifique. Des leviers existent : améliorer génétiquement les variétés ; substituer une partie du maïs par du sorgo, cultivé en Afrique – qui remplit les mêmes usages mais résiste mieux à la sécheresse ; avancer les semis… et, s’il le faut, relocaliser certaines cultures.

Canicules et allergies à ménager pour préserver la santé

A la suite des fortes canicules de 2003 puis 2006, on a pu constater de nombreuses améliorations dans la prévention des effets sur les personnes les plus fragiles. Ainsi, le comportement des personnes sensibles aux fortes chaleurs tend à se modifier sur le long terme en évitant par exemple les expositions aux heures chaudes…

Les spécialistes de la santé alertent aussi sur la multiplication probable et déjà observée des allergies. « Les plantes vont produire plus tôt davantage de pollen qui, du fait de la chaleur et de la pollution, contiendra davantage d’allergènes », énumère Jean-Pierre Besancenot.

A propos des maladies parasitaires, les experts de la santé évoquent l’évolution de la leishmaniose, une maladie transmise via les chiens par de tout petits moucherons et très présente dans le pourtour méditerranéen.

Plus au nord et moins au sud : la répartition des touristes pourrait également être modifiée

Le tourisme blanc doit s’adapter à la baisse des quantités de neiges et proposer des activités alternatives dans les stations de moyenne montagne. Tandis que les littoraux aménagés sont menacés par la montée du niveau de la mer – notamment sur les plages du littoral méditerranéen et aquitain. Pour l’Outre-mer, la préoccupation principale concerne la disparition progressive de la barrière de corail dont dépend une grande part de l’activité touristique.

Les professionnels du tourisme invitent à étaler les vacances sur une plus longue période – de juin à septembre – afin de répondre aux besoins et d’éviter les concentrations démographiques qui nuisent à la santé de l’environnement.  « Les reports de consommation touristique ne devraient pas se faire sur des hivers annoncés plus pluvieux, remarque cependant Ghislain Dubois, universitaire à Saint-Quentin dans les Yvelines. En revanche, l’automne et le printemps devraient être des saisons agréables. »

Il ajoute que les  professionnels du tourisme devraient recentrer leur offre sur une clientèle de proximité plutôt que sur celle brésilienne ou chinoise qui va subir tôt ou tard la hausse du prix des transports.

Eau et urbanisme : prévenir les conflits d’usage et revoir les constructions

« L’un des principaux défis à relever, si ce n’est le plus grand de tous, sera de faire converger une offre qui va diminuer avec une demande qui, déjà, par endroits, n’est pas satisfaite et va encore augmenter du fait du réchauffement climatique », concluait l’an dernier le groupe de travail chargé de faire des recommandations sur l’adaptation à la ministre de l’Ecologie. Les conflits d’usage entre consommation quotidienne, agricole ou industrielle risquent d’ailleurs de peser énormément sur les débats futurs.

L’un des objectifs du plan national d’adaptation présenté mercredi consiste en la réduction de 20 % de l’ensemble des consommations d’eau d’ici à 2020 par une utilisation raisonnée de l’irrigation dans l’agriculture, la réduction des fuites ou une meilleure réutilisation des eaux usées.

Par ailleurs, les constructions de nouvelles bâtisses doivent prendre en compte la sécheresse et la qualité des sols. En effet, les mauvaises argiles amènent le risque de ruissellements en cas de fortes pluies ou du phénomène de « retrait gonflement » qui provoquent la fissuration des maisons. Le risque d’« inondations » est en tête des préoccupations des pouvoirs publics, affirme le climatologue Jean Jouzel.

Ce plan présenté par le gouvernement témoigne de la volonté de celui-ci de prévenir les catastrophes liées au changement climatique, notamment d’ordre économique par exemple dans les domaines du tourisme ou de l’agriculture.