Australie : la taxe carbone travailliste soumise au parlement

L’initiative est osée. Alors que le gouvernement travailliste est le impopulaire depuis 40 ans, Julia Gillard, Premier Ministre, a annoncé dimanche 10 juillet son projet de loi de taxe carbone sur les gros pollueurs. Le prix est fixé depuis le début du mois : la taxe s’élèvera à 23 dollars australiens – 17,2 euros – par tonne de dioxyde de carbone émise.

Très peu fière de leur palmarès – l’Australie est l’un des plus gros pays émetteurs de CO2 de la planète, et où 80 % de l’énergie proviennent du charbon – les travaillistes ont décidé de prendre des mesures concrètes après avoir attendu 2007 pour signer le protocole de Kyoto.

Près de 500 gros pollueurs devraient être concernés

Pas moins de cinq cent entreprises polluantes vont être taxées dès juillet 2012. Les 17 euros exigés représentent trois euros de moins que le prix imposé par la Commission européenne. « Nous avons opté pour la solution la moins coûteuse », a précisé Mme Gillard dans un spot télévisé.

Le prédécesseur du Premier Ministre travailliste, Kevin Rudd, avait dû s’incliner l’année dernière devant la pression défavorable à son projet de marché de quotas d’émission. Arguant alors pendant sa campagne qu’elle ne passerait pas cette taxe, Julia Gillard s’est vue vivement critiquée par l’opposition présente dans les puissants groupes miniers, les compagnies aériennes, et le parti conservateur. Cependant « le dispositif mis en place par le gouvernement surprendra la plupart des gens par sa douceur » souligne un média australien. Le but est d’agir tout en calmant l’anxiété de l’électorat. En effet, au final, on dénombre plus de 60% des Australiens hostiles à la mesure. C’est pourquoi la mesure fait l’objet de quelques exceptions, les entreprises forestières ou les exploitations agricoles seront ainsi exemptées de taxe carbone.

Les opposants à la réforme dénoncent une importante hausse des prix. Les grandes entreprises craignent une inflation par les coûts qui amènerait une baisse de leur production et aurait de grandes chances de se répercuter sur les clients. Ils argumentent aussi que la taxe fera croître les coûts de l’énergie, de l’alimentation et de nombreux produits manufacturés. Les économistes estiment que le coût de la vie pourrait progresser de 0,7% à 1% du seul fait de la taxe carbone.

Détermination travailliste vers une nouvelle orientation environnementale de l’Australie

Julia Gillard rappelle les étapes de son projet. Premièrement, avec les 10 milliards de dollars qui seront ainsi levés, l’Etat constituera un fonds public chargé de financer la décarbonisation du pays : aides fiscales et conseils pour réduire ses consommations énergétiques des ménages, compensations aux compagnies minières, électriciens et aciéristes, soutien au développement des énergies renouvelables.

En 2015, la taxe devrait laisser la place à un marché de quotas d’émission de CO2, dont le prix planché sera fixé par l’Etat. Au total, espère Julia Gillard, l’Australie pourrait réduire de 150 millions de tonnes ses émissions de gaz carbonique entre 2005 et 2020.

Malgré les réticences conservatistes, le vote de la loi au parlement devrait permettre d’engager l’Australie durablement dans une voie nouvelle: la baisse volontaire de ses émissions de CO2.

Hormis l’Australie, seules l’UE et la Nouvelle-Zélande ont instauré des taxes de cette nature. Quel que soit la bonne volonté travailliste, on observe déjà de virulentes coalitions d’opposants comme le regroupement d’industriels baptisé l’Alliance Australienne qui s’apprête à lancer une campagne de protestation. L’espoir est de faire plier une nouvelle fois le gouvernement, tout comme il l’avait fait l’an dernier, vers un assouplissement des conditions…au dépend d’une véritable avancée environnementale.

Source: journal de l’environnementcourrierinternational, zegreenweb